Pourquoi le Dieu-homme ?
8 janvier, 2026
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L’alliance des œuvres

La théologie de l’alliance est importante pour de nombreuses raisons. Bien que la théologie de l’alliance existe depuis des millénaires, elle trouve une formulation plus raffinée et systématique au temps de la Réformation protestante. Son importance, cependant, a été accentuée de nos jours en raison de sa relation avec une théologie relativement nouvelle. À la fin du XIXe siècle, la théologie appelée « dispensationalisme » a émergé comme une nouvelle approche afin de comprendre la Bible. La vieille Bible de référence Scofield définissait le dispensationalisme comme sept dispensations, ou périodes de temps, distinctes au sein des Écritures sacrées. Chaque dispensation était définie comme « une période de temps pendant laquelle l’homme est mis à l’épreuve quant à l’obéissance à une révélation spécifique de la volonté de Dieu ». Scofield distinguait sept dispensations, dont celle de l’innocence, de la conscience, du gouvernement civil, de la promesse, de la loi, de la grâce et de la période du royaume. Face à cette vision diversifiée de l’histoire rédemptrice, la théologie de l’alliance cherche à présenter une image claire de l’unité de la rédemption, unité qui se voit dans la continuité des alliances que Dieu a données tout au long de l’histoire, et comment elles sont accomplies en la personne et l’œuvre du Christ.

Au-delà de la discussion en cours entre les dispensationalistes traditionnels et la théologie réformée concernant la structure de base de la révélation biblique, une crise encore plus grande a émergé de nos jours en ce qui concerne notre compréhension de la rédemption. Cette crise se concentre sur la place de l’imputation dans notre compréhension de la doctrine de la justification. Tout comme la doctrine de l’imputation était la question centrale dans le débat du XVIe siècle entre les réformateurs et la compréhension catholique romaine de la justification, ainsi la question de l’imputation a de nouveau surgi maintenant, même parmi les évangéliques professants qui répudient la compréhension réformée de l’imputation. Au cœur de cette question de la justification et de l’imputation se trouve le rejet de ce que l’on appelle l’alliance des œuvres. La théologie de l’alliance historique fait une distinction importante entre l’alliance des œuvres et l’alliance de grâce. L’alliance des œuvres se réfère à l’alliance que Dieu a faite avec Adam et Ève dans leur pureté originelle avant la chute, dans laquelle Dieu leur promettait la bénédiction sous condition de leur obéissance à son commandement. Après la chute, le fait est que Dieu a continué à promettre la rédemption à des créatures qui avaient violé l’alliance des œuvres, et cette promesse continuelle de rédemption est définie comme l’alliance de grâce.

Techniquement, d’un certain point de vue, toutes les alliances que Dieu traite avec les créatures sont gracieuses, en ce sens qu’il n’est pas obligé de faire des promesses à ses créatures. Mais la distinction entre l’alliance des œuvres et l’alliance de grâce touche à une chose d’une importance vitale, car elle concerne l’Évangile. L’alliance de grâce indique la promesse de Dieu de nous sauver même lorsque nous échouons à respecter les obligations imposées lors de la création. Cela se voit surtout dans l’œuvre de Jésus en tant que nouvel Adam. Encore et encore, le Nouveau Testament fait la distinction et le contraste entre l’échec et les calamités causés à l’humanité par la désobéissance du premier Adam, et les bienfaits qui découlent de l’œuvre d’obéissance de Jésus, qui est le nouvel Adam. Bien qu’il y ait une distinction claire entre le nouvel Adam et l’ancien Adam, il y a un point de continuité entre eux, à savoir que tous deux étaient appelés à se soumettre à une obéissance parfaite envers Dieu.

Lorsque nous comprenons l’œuvre de rédemption du Christ dans le Nouveau Testament, nous concentrons notre attention principalement sur deux aspects de celle-ci. D’une part, nous examinons l’expiation. Il est clair d’après les enseignements du Nouveau Testament que dans l’expiation, Jésus porte les péchés de son peuple, et qu’il est puni pour eux à notre place. C’est-à-dire que l’expiation est vicaire et substitutive. En ce sens, sur la croix, le Christ a pris sur lui les sanctions négatives de l’ancienne alliance. C’est-à-dire qu’il a porté dans son corps la punition due à ceux qui ont violé non seulement la loi de Moïse, mais aussi la loi qui a été imposée dans le paradis. Il a pris sur lui la malédiction qui est méritée par tous ceux qui désobéissent à la loi de Dieu. Cela, la théologie réformée le décrit comme étant « l’obéissance passive » de Jésus. Cela souligne sa volonté de se soumettre à la réception de la malédiction de Dieu à notre place.

En plus de l’accomplissement négatif de l’alliance des œuvres, en prenant la punition due à ceux qui y désobéissent, Jésus offre la dimension positive qui est vitale pour notre rédemption. Il remporte la bénédiction de l’alliance des œuvres pour toute la descendance d’Adam qui met sa confiance en Jésus. Là où Adam était le transgresseur de l’alliance, Jésus est l’observateur de l’alliance. Là où Adam a échoué à obtenir la bénédiction de l’arbre de vie, Christ remporte cette bénédiction par son obéissance, bénédiction qu’il offre à ceux qui mettent leur confiance en lui. Dans ce travail d’accomplissement de l’alliance pour nous à notre place, la théologie parle de « l’obéissance active » de Christ. C’est-à-dire que l’œuvre rédemptrice de Christ inclut non seulement sa mort, mais aussi sa vie. Sa vie d’obéissance parfaite devient le seul fondement de notre justification. C’est sa justice parfaite, acquise par son obéissance parfaite, qui est imputée à tous ceux qui mettent leur confiance en lui. Par conséquent, l’œuvre d’obéissance active de Christ est absolument essentielle à la justification de n’importe qui. Sans l’obéissance active de Christ à l’alliance des œuvres, il n’y a aucune raison pour l’imputation, il n’y a aucun fondement pour la justification. Si nous enlevons l’alliance des œuvres, nous enlevons l’obéissance active de Jésus. Si nous enlevons l’obéissance active de Jésus, nous enlevons l’imputation de sa justice sur nous. Si nous enlevons l’imputation de la justice de Christ sur nous, nous enlevons la justification par la foi seule. Si nous enlevons la justification par la foi seule, nous enlevons l’Évangile, et nous sommes laissés dans nos péchés. Nous sommes laissés comme les misérables fils d’Adam, qui ne peuvent qu’attendre de ressentir toute la mesure de la malédiction de Dieu sur nous, à cause de notre propre désobéissance. C’est l’obéissance du Christ qui est le fondement de notre salut, tant dans son obéissance passive sur la croix que dans son obéissance active dans sa vie. Tout cela est inséparablement lié à la compréhension biblique de Jésus comme étant le nouvel Adam (Rm 5:12–20), qui a réussi là où l’Adam originel a échoué, qui a prévalu là où l’Adam originel a perdu. Il n’y a rien de moins que notre salut en jeu dans cette question.

Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

R.C. Sproul
R.C. Sproul
Dr R.C. Sproul était le fondateur de Ministère Ligonier. Également premier pasteur, en charge de la prédication et de l'enseignement, de la chapelle Saint-André à Sanford, en Floride, et premier président du Reformation Bible College, ainsi que rédacteur en chef du magazine Tabletalk. Son programme radio, Renewing Your Mind, est toujours diffusé quotidiennement sur des centaines de stations de radio à travers le monde, et peut aussi être écouté en ligne. Il était l'auteur de plus de cent livres, dont La Sainteté de Dieu, Choisi par Dieu, et Nous sommes tous des théologiens. Il était reconnu dans le monde entier pour sa défense éloquente de l'inerrance des Écritures, et de la nécessité pour le peuple de Dieu de se tenir avec conviction sur sa Parole.