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6 mai, 2026Marie est-elle née sans péché ?
Les questions difficiles exigent des réponses complexes. « Marie est-elle née sans péché ? » n’est pas une question difficile, et la réponse est assez simple : Non. Point final. La Bible est catégorique : « Il n’y a pas de juste, pas même un seul » (Rm 3:10). Marie ne fait pas exception. Par la suite, Paul soutient que « par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché » (Rm 5:12).
S’il était seulement question de la Bible, cet article serait terminé. Cependant, puisque l’Église catholique romaine n’est pas soumise à l’Écriture comme autorité ultime, la réponse qu’elle donne est radicalement différente.
Le 8 décembre de chaque année, la solennité de l’Immaculée Conception de Marie est célébrée. À cette occasion, l’Église catholique romaine contemple la croyance que Marie elle-même a été préservée du péché originel. Cette opinion faisait partie de l’enseignement et des pratiques dévotionnelles catholiques romaines depuis des siècles, mais ce n’est qu’en 1854 que l’immaculée conception a été officiellement promulguée par le pape Pie IX comme un dogme, pour en faire une croyance contraignante et irréformable de l’Église catholique romaine. Voici le libellé précis de ce dogme contenu dans la bulle papale Ineffabilis Deus :
Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.
Malgré le langage audacieux et concluant de déclaration, de définition et d’affirmation, il est difficile de se réconcilier avec ce dogme marial d’un point de vue biblique. Il n’y a même pas un soupçon de preuve pour cette croyance dans la Bible. Comment une telle opinion peut-elle être élevée au statut dogmatique si la Parole de Dieu est, au mieux, silencieuse à ce sujet ?
Il est toujours intéressant d’écouter la manière dont la théologie catholique romaine argumente en faveur de l’immaculée conception de Marie en essayant de la relier à l’enseignement scripturaire. À cet égard le discours prononcé par le pape François le 8 décembre 2016 fut une occasion importante. Dans son discours, le pape a soutenu que Jésus n’est pas venu comme un adulte « grand et fort », mais qu’il a décidé de « suivre le parcours d’un être humain », lui qui a été « rendu égal à nous en tout, sauf une chose […] le péché. » Pour cette raison, « il a choisi Marie, la seule créature sans péché, immaculée. » Il a noté que lorsque l’ange se réfère à Marie, « elle est appelée ‘pleine de grâce’ », ce que le pape a interprété comme signifiant que, dès le début, il n’y avait « pas de place pour le péché » en elle. Il a ensuite dit : « Et quand nous nous tournons vers elle, nous reconnaissons aussi cette beauté : nous l’invoquons, ‘pleine de grâce’, sans une ombre de mal. »
La référence biblique que le pape rappelle est Luc 1:28, où l’ange Gabriel s’adresse à Marie comme à une « favorisée ». La Vulgate, la version latine de la Bible du IVe siècle, traduit cette expression par gratia plena (« pleine de grâce »), ouvrant ainsi la voie à toutes sortes de malentendus, comme si Marie possédait la plénitude de la grâce en elle-même. Cette traduction a été interprétée comme impliquant qu’elle était si pleine de grâce qu’elle devait avoir été conçue sans péché originel.
Cependant, il n’y a aucune indication dans le texte que Marie est « pleine » de grâce et donc « vide » de péché. Être « favorisée » indique qu’elle est un récipient indigne de la grâce de Dieu, tout comme nous. Cela est encore renforcé par le fait que Marie appelle Dieu son « Sauveur » (Luc 1:47), indiquant qu’elle se considère comme ayant besoin du salut de Dieu, tout comme le reste de l’humanité. Il n’y a pas de grâce intrinsèque en elle qui existe indépendamment de la faveur divine de Dieu et de sa présence avec elle.
Il semble donc que l’argument en faveur de l’immaculée conception de Marie repose sur une mauvaise traduction du passage, conduisant à une doctrine improbable qui empiète sur l’anthropologie et la sotériologie, et qui perturbe les enseignements fondamentaux de l’Évangile biblique. L’enseignement clair de l’Écriture est que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3:23). Il n’y a aucune référence à une disposition spéciale pour quiconque. Marie n’a pas été sauvée par la « préservation » du péché. Elle était pécheresse comme tout être humain, et son péché a été expié par le Fils parce qu’elle faisait partie de l’humanité déchue qui avait hérité du péché d’Adam. Jésus est le nouvel Adam, né sans péché, pour sauver la descendance pécheresse d’Adam, y compris Marie.
Le fait que l’Église catholique romaine soit pleinement soumise au dogme de l’immaculée conception de Marie est toujours un point d’interrogation sérieux pour tous ceux qui souhaitent fonder leur foi sur les enseignements de la Bible. Le catholicisme romain, exprimé de manière éminente dans sa mariologie sophistiquée, ne repose pas uniquement sur les Écritures, mais suit une trajectoire où les dévotions et les traditions peuvent avoir le dernier mot au-dessus de la Bible et lui étant contraires.
Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

