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LES CANONS DE DORDRECHT


EXTRAITS DE LA PREFACE

Parmi plusieurs consolations que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ a données à son Eglise militante dans son douloureux pèlerinages, est à bon droit estimée comme l’une des principales, celle qu’il lui a laissée, étant sur le point de retourner vers son Père dans la Sanctuaire céleste: Je suis toujours avec vous, jusqu’à la fin du monde (Mt 28:20). La vérité de cette très douce promesse est apparue dans l’Eglise de tous les temps. Car ayant, dès le commencement, été assaillie, non seulement par la violence ouverte des ennemis et par l’impiété des hérétiques, mais aussi par l’astuce couverte des séducteurs, si le Seigneur l’eût destituée de l’aide salutaire de sa présence qu’il lui a promise, elle eût depuis longtemps été ou oppressée par l’effort des tyrans, ou séduite, pour sa perdition, par la fraude des imposteurs.

Ainsi, notre fidèle Sauveur a fait paraître en notre temps sa présence favorable à l’Eglise de ces Pays-Bas, grandement affligée depuis plusieurs années déjà. Car, … cette Eglise étant très florissante, à cause du bon accord qu’on y voit, en vraie doctrine et discipline, à la louange de son Dieu, pour l’admirable accroissement de la République, et la joie de la Chrétienté réformée, il est advenu que Jacques Arminius et ses sectateurs, ayant pris le nom de Remonstrants, l’ont d’abord sollicitée couvertement, puis après tout ouvertement attaquée par diverses erreurs, tant anciennes que nouvelles. Et même, l’ayant troublée opiniâtrement par des dissensions et des schismes scandaleux, l’ont amenée dans un danger tel que ces Eglises très florissantes eussent été finalement consumées par l’horrible embrasement des dissensions et des schismes, si la commisération de notre Sauveur n’y fût à point intervenue.

Mais béni soit à jamais le Seigneur qui, après avoir pour un moment, détourné sa face de nous (qui avions provoqué en diverses sortes sa colère et son indignation), a témoigné au monde entier qu’il ne met point en oubli son Alliance, et ne méprise point les soupirs des siens. Car… il lui a plu d’inspirer aux très illustres et très puissants Seigneurs les Etats des Provinces Unies cette sainte volonté que, par le conseil et la conduite du très illustre et très magnanime Prince d’Orange, ils ont résolu d’obvier à ces maux furieux par des moyens légitimes, dès longtemps approuvés par la pratique des Apôtres et des Eglises chrétiennes qui les ont suivis depuis, moyens dont les Eglises mêmes de ces Provinces Unies se sont déjà servis avec grand fruit.

Par leur autorité, ils ont donc convoqué à Dordrecht, un Synode de toutes les Provinces placées sous leur commandement, ayant préalablement requis, par la faveur du Sérénissime Jacques Roi de la Grande-Bretagne, etc., et des très illustres Princes, Comtes illustres, et puissante Républiques, et obtenu plusieurs très grave théologiens, afin que – par le commun jugement de tant de gens doctes et théologiens de l’Eglise réformée – ces dogmes d’Arminius et de ses sectateurs fussent mûrement examinés, et qu’il en fût jugé par la seule Parole de Dieu; afin aussi que la vraie doctrine étant établie et la fausse rejetée, par la bénédiction divine, la concorde, la paix et la tranquillité fussent restituées aux Eglises des Pays- Bas. C’est là le bienfait dont se réjouissent lesdites Eglises, reconnaissant en toute humilité, et louant avec action de grâces, les fidèles commisérations de leur Sauveur.

Ce vénérable synode donc (après avoir, par l’autorité du Souverain Magistrat, publié et célébré certain jour de jeûne et de prière dans toutes les Eglises de ces Provinces, pour éviter la colère de Dieu et demander son secours favorable), étant assemblé à Dordrecht, embrasé de l’amour de Dieu et d’un ardent désir du salut de l’Eglise;

  • s’étant après l’invocation du nom de Dieu obligé par un saint serment, qu’en ce jugement il ne suivrait d’autre règle que la seule Ecriture sainte, et s’emploierai en la connaissance et jugement de toute cette cause, en bonne et saine conscience;
  • après avoir aussi fait citer les principaux chefs et défenseurs de ces dogmes, il s’est employé soigneusement, avec une grande patience, à les inciter à exposer plus amplement leur sentiment sur les Cinq points de Doctrine, si connus, ainsi que les raisons de leur

Mais, comme ils rejetaient le jugement du Synode, et refusaient de répondre aux interrogatoires de la manière qu’il convenait; comme ils ne tinrent aucun compte des commandements des très honorables Députés des Seigneurs les Etats Généraux, ni des mandements desdits illustres, hauts et puissants Seigneurs, les Etats Généraux eux-mêmes;

  • le Synode a été contraint de suivre une autre voie, par le commandement desdits Seigneurs, selon la coutume depuis longtemps reçue des anciens Synodes. On a donc fait l’examen des ces Cinq points de Doctrine, sur les écrits, confessions et déclarations, partie mis auparavant en lumière, partie aussi exhibés à ce

Ce qu’étant maintenant achevé par la singulière grâce de Dieu, non sans une exquise diligence, en toute fidélité et bonne conscience, avec un très grand accord et consentement de tous et de chacun de ceux qui y ont assisté:

  • ce Synode, pour la gloire de Dieu, et afin de pourvoir au maintien de la Vérité salutaire, à la tranquillité des consciences et à la paix et conservation de l’Eglise de ces Pays, a trouvé expédient de publier le Jugement qui s’ensuit, par lequel est, d’une part, exposé le sentient s’accordant avec la Parole de Dieu concernant ces Cinq points de Doctrine; et d’autre part, est rejeté celui qui est faux et contredit la Parole de Dieu –
    La transcription des
    Extraits de la Préface, et des Cinq articles de Doctrine, en orthographe et français modernisés est de Pierre Ch. Marcel.
        
     

I – LA PREDESTINATION,
L’ELECTION ET LA REPROBATION

Le premier point de doctrine
concernant la prédestination, l’élection et
la réprobation

I. 

Du fait que tous les hommes ont péché en Adam, et se sont rendus coupables de la malédiction et de la mort éternelle, Dieu n’eût fait tort à personne s’il eût voulu laisser tout le genre humain dans le péché et la malédiction, et le condamner à cause du péché, suivant ces paroles de l’Apôtre: Tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu… Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu (Rm 3:19, 23). Et: Car le salaire du péché, c’est la mort (Rm 6:23).

II.

Mais l’amour de Dieu a été manifesté en ceci: qu’il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle (1 Jn 4:9; Jn 3:16).

III.

Or, pour amener les hommes à la foi, Dieu envoie bénignement les hérauts de cette joyeuse nouvelle à ceux qu’il veut, et quand il veut, par le ministère desquels les hommes sont appelés à la repentance et à la foi, en Jésus-Christ crucifié. Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment entendront-ils parler de lui, sans prédicateurs? Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés? (Rm 10:14-15)

IV.

Ceux qui ne croient point à cet Evangile, la colère de Dieu demeure sur eux; mais ceux qui le reçoivent et embrasent le Sauveur Jésus d’une vraie et vive foi, sont délivrés par lui de la colère de Dieu et de la perdition, et sont faits participants de la vie éternelle.

V.

La cause ou la coulpe de cette incrédulité, non plus que de tous les autres péchés, n’est nullement en Dieu, mais en l’homme. Mais la foi en Jésus-Christ, et le salut par celui-ci, est un don gratuit de Dieu, comme il est écrit: C’est par grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu (Ep 2:8). De même: Il vous a été fait de la grâce de croire en Christ (Ph 1:29).

VI.

Quant à-ce que Dieu donne en son temps la foi à certains et ne la donne point aux autres, cela procède de son décret éternel. Car le Seigneur fait ces choses « connues de toute éternité » (Ac 15:18); et: Il opère tout selon la décision de sa volonté. (Ep 1:11)

Selon ce décret, Dieu amollit par grâce le coeur des élus, quelque durs qu’il soient, et les fléchit à croire; mais, par un juste jugement, il laisse ceux qui ne sont point élus dans leur méchanceté et leur dureté. C’est ici que se découvre principalement le profonde, miséricordieuse et pareillement juste distinction entre des hommes qui étaient également perdus; ou encore le décret de l’élection et de la réprobation révélé dans la Parole de Dieu; décret que les pervers, les impurs et les mal assurés tordent pour leurs perdition, mais qui donne une consolation indicible aux âmes saintes et religieuses.

VII.

Or, l’élection est le propos immuable de Dieu, par lequel, selon le très libre et bon plaisir de sa volonté, par pure grâce, il a, en Jésus-Christ, élu au salut avant la fondation du monde – d’entre tout le genre humain déchu par sa propre faute de sa première intégrité dans la péché et la perdition, – une certaine multitude d’hommes, ni meilleurs ni plus dignes que les autres, mais qui, avec ceux-ci, gisaient dans une même misère.

Ce même Christ, Dieu l’a aussi constitué de toute éternité Médiateur et Chef de tous les élus, et fondement du salut. Ainsi, Dieu a décidé de les donner au Christ pour les sauver, de les appeler et tirer efficacement à la communion du Christ et par sa Parole et par son Esprit; autrement dit, de leur donner la vraie foi en lui, de les justifier et sanctifier, et, après les avoir puisamment conservés dans la communion de son Fils, de les glorifier finalement, pour la démonstration de sa miséricorde, et à la louange des richesses de la gloire de sa grâce, selon qu’il est écrit: Dieu nous a élus en Christ avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui. Dans son amour, il nous a prédestinés par Jésus-Christ a être adopté, selon le dessein bienveillant de sa volonté, pour célébrer la gloire de sa grâce, qu’il nous a accordée en son Bien-Aimé (Ep 1:4-6). Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés (Rm 8:30).

VIII.

Cette élection n’est point de plusieurs sortes: elle est une seule et même élection de tous ceux qui seront sauvés, dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, attendu que l’Ecriture prêche un seul bon plaisir, propos arrêté et conseil de la volonté de Dieu, par lequel il nous a élus de toute éternité, tant à la grâce qu’à la gloire, tant au salut qu’à la voie du salut qu’il a préparée afin que nous cheminions en elle.

IX.

Cette élection-là s’est faite, non point en considération de la foi prévue, de l’obéissance de la foi, de la sainteté, ou de quelque autre bonne qualité ou disposition, qui seraient la cause ou la condition préalablement requise en l’homme qui devait être élu; mais au contraire, pour donner la foi, l’obéissance de la foi, la sainteté, etc. C’est pourquoi l’élection est la fontaine de tout bien salutaire, de laquelle découlent la foi, la sainteté et les autres dons salutaires, bref la vie éternelle même, comme les fruits et les effets de celle-ci, selon le dire de l’Apôtre: Il nous a élus (non parce que nous étions saints, mais) pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui (Ep 1:4).

X.

La cause de cette élection gratuite est le seul bon plaisir de Dieu. Elle ne consiste point en ce qu’il a choisi pour condition du salut certaines qualités ou actions humaines, parmi toutes celles qui sont possibles; mais en ce que, du milieu de la commune multitude des pécheurs, il a pris à soi en héritage particulier un certain nombre de personnes, ainsi qu’il est écrit: Car les enfants n’étaient pas encore nés, et ils n’avaient fait ni bien ni mal, etc., il lui fut dit (à savoir Rébecca): L’ainé sera asservi au plus jeune, selon qu’il est écrit: J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Esaü (Rm 9:11). Et: Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent (Ac 13:48).

XI.

Et comme Dieu lui-même est très sage, immuable, connaissant toutes choses, et tout-puissant, de même l’élection qu’il a faite ne peut être ni interrompue, ni changée, ni révoquée, ni annulée, et les élus ne peuvent être rejetés ni le nombre de ceux-ci diminué.

XII.

Les élus sont, en temps opportun, rendus certains de cette élection dont ils sont l’objet – élection éternelle et immuable au salut – quoique ce soit par degrés et dans une mesure inégale; non pas en sondant avec curiosité les secrets et les profondeurs de Dieu, mais en prenant conscience en eux-mêmes, avec une joie spirituelle et une sainte liesse, des fruits infaillibles de l’élection distingués dans la Parole de Dieu, comme le sont la vraie foi en Jésus-Christ, la crainte filiale envers Dieu, la tristesse selon Dieu, la faim et la soif de justice, etc.

XIII.

De la certitude et de l’appréhension intérieures de cette élection, les enfants de Dieu prennent de jour en jour une plus grande matière de s’humilier devant Dieu, d’adorer l’abîme de ses miséricordes, de se purifier eux-mêmes; d’aimer aussi très ardemment de leur côté celui qui, le premier, les a tellement aimés.

Ils s’en faut donc de beaucoup que, par cette doctrine de l’élection et par sa méditation, ils soient rendus plus paresseux, ou charnellement nonchalants à garder les commandements de Dieu. C’est ce qui arrive ordinairement, par un juste jugement de Dieu, à ceux qui, ou présumant témérairement, ou jasant à plaisir et avec pétulance de la grâce de l’élection, ne veulent point cheminer dans les voies des élus.

XIV.

Or, puisque cette doctrine de l’élection divine, selon le très sage conseil de Dieu, a été prêchée par les Prophètes, Jésus-Christ lui-même et les Apôtres, tant aux époques de l’Ancien que du Nouveau Testament, et ensuite rédigée par écrit dans les saintes Ecritures, elle doit, encore aujourd’hui, être publiée dans l’Eglise de Dieu

-à laquelle elle est spécialement destinée – avec un esprit de prudence, religieusement et saintement, en temps et lieu, en écartant toute indiscrète recherche des voies du Dieu souverain; le tout à la gloire du saint Nom de Dieu, et pour la vive consolation de son peuple.

XV.

Au reste, l’Ecriture sainte rend d’autant plus illustre et recommandable cette grâce éternelle et gratuite de notre élection, qu’elle témoigne, en outre, que tous les hommes ne sont point élus, mais qu’il y en a de non élus, ou qui ne sont point fait participants de l’élection éternelle de Dieu; à savoir ceux que Dieu, selon son bon plaisir très libre, très juste, irrépréhensible et immuable, a décidé de laisser dans la misère commune, où ils se sont précipités par leur propre faute, et de ne pas leur donner la foi salutaire, ni la grâce de la conversion; mais, les ayant abandonnés dans leurs voies, et sous un juste jugement, de les condamner et de les punir éternellement, non seulement à cause de leur infidélité, mais aussi pour tous leurs autres péchés, et cela pour la manifestation de sa justice.

C’est là le décret de la réprobation, lequel ne fait nullement Dieu auteur du péché (ce qu’on ne peut pas penser sans blasphème), mais le montre juge redoutable, irrépréhensible et juste, et vengeur du péché.

XVI.

Ceux qui ne sentent pas encore efficacement en eux une vive foi en Jésus-Christ, ou une confiance certaine du coeur, une paix de la conscience, un soin et souci d’une obéissance filiale, et une glorification en Dieu par Jésus-Christ, mais qui néanmoins se servent des moyens par lesquels Dieu a promis d’effectuer ces choses en nous: ceux-là ne doivent pas perdre courage quand ils entendent parler de la réprobation, ni se mettre au rang des réprouvés. Au contraire, ils doivent persévérer soigneusement dans l’usage de ces moyens, désirer ardemment l’heure d’une grâce plus abondante, et l’attendre en toute révérence et humilité.

Beaucoup moins encore doivent être épouvantés par la doctrine de la réprobation ceux qui, bien qu’ils désirent sérieusement se convertir à Dieu, lui plaire uniquement, et être délivrés de ce corps de mort, ne peuvent toutefois encore parvenir aussi avant qu’ils voudraient dans le chemin de la piété et de la foi, puisque Dieu, qui est miséricordieux, a promis qu’il n’éteindra point le lumignon qui fume, ni ne brisera le roseau cassé.

Mais cette doctrine est à bon droit en effroi à qui, ayant mis en oubli Dieu et le Sauveur Jésus-Christ, se sont entièrement asservis aux sollicitudes de ce monde et aux convoitises de la chair, aussi longtemps qu’ils ne se convertissent point à Dieu.

XVII.

Et puisqu’il nous faut juger de la volonté de Dieu par sa Parole, laquelle témoigne que les enfants des fidèles sont saints, non pas certes de nature, mais par le bienfait de l’alliance de grâce en laquelle ils sont compris avec leurs père et mère: les pères et mères qui craignent Dieu ne doivent pas douter de l’élection et du salut de leurs enfants que Dieu retire de cette vie pendant leur enfance.

XVIII.

Si quelqu’un murmure contre cette grâce de l’élection gratuite et contre la sévérité de cette juste réprobation, nous lui opposons ce dire de l’Apôtre: Toi plutôt, qui es- tu pour discuter avec Dieu? (Rm 9:20); et celui de notre Sauveur: Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? (Mt 20:15)

Mais quant à nous, qui adorons religieusement ces mystères, nous nous écrions avec l’Apôtre: O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles! En effet, qui a connu la pensée du Seigneur? Ou qui a été son conseiller? Qui lui a donné le premier, pour qu’il ait à recevoir en retour? Tout est de lui, par lui, et pour lui! A lui la gloire dans tous les siècles. Amen! (Rm 11:33-36)

 

Rejets des erreurs

La doctrine orthodoxe de l’élection et de la réprobation ayant été exposée, le synode rejette les erreurs de:

I.

Ceux qui enseignent: Que la volonté de Dieu de sauver ceux qui croiront et persévéreront dans la foi et l’obéissance de la foi, est le total et entier décret de l’élection au salut, et que rien d’autre n’est révélé dans la Parole de Dieu concernant ce décret.

En effet, ceux-ci trompent les gens simples, et s’opposent manifestement à l’Ecriture sainte qui témoigne non seulement que Dieu veut sauver ceux qui croiront, mais aussi que, de toute éternité, il a choisi certaines personnes pour, en temps opportun, leur donner plutôt qu’aux autres la foi en Jésus-Christ et la persévérance, comme il est écrit: J’ai manifesté ton Nom aux hommes que tu m’as donnés (Jn 17:6), de même: Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent (Ac 13:48); et: Il nous a prédestinés avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui (Ep 1:4), etc.

II.

Ceux qui enseignent: Que l’élection de Dieu à la vie éternelle est de plusieurs sortes: l’une, générale et indéfinie; l’autre, particulière et définie. Que cette élection est donc ou bien incomplète, invocable, non péremptoire, mais conditionelle; ou bien complète, irrévocable, péremptoire ou absolue. De même: Qu’autre est l’élection à la foi, autre celle au salut, de telle sorte que l’élection à la foi justifiante peut exister sans l’élection péremptoire au salut.

 Tout cela n’est qu’une invention du cerveau humain, forgée en dehors des Ecritures, qui corrompt la doctrine de l’élection, et brise cette chaîne d’or de notre salut: Ceux que Dieu a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés, et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés (Rm 8:30).

III.

Ceux qui enseignent: Que le bon plaisir et le propos arrêté de Dieu, dont l’Ecriture fait mention dans la doctrine de l’élection, ne consiste point en ce que Dieu ait choisi certaines personnes plutôt que les autres, mais en ce que, de toutes les conditions possibles (parmi lesquelles sont aussi les oeuvres de la Loi), ou du rang de toutes choses, Dieu a choisi l’acte de la foi, quoique vil en soi, et l’obéissance imparfaite de la foi comme la condition du salut, et que c’est par grâce qu’il a voulu le considérer comme une obéissance parfaite, et le juger digne d’être récompensé par la vie éternelle.

Car, par cette pernicieuse erreur, le bon plaisir de Dieu et le mérite de Jésus-Christ sont détruits, les hommes sont détournés par des questions inutiles de la vérité de la justification gratuite, et de la simplicité des Ecritures; et cette déclaration de l’Apôtre est accusée de faux: C’est lui qui nous a sauvés et nous a adressé un saint appel, non à cause de nos oeuvres, mais à cause de son propre dessein et de la grâce qui nous a été donnée en Christ-Jésus avant les temps éternels (2 Tm 1:9).

IV.

Ceux qui enseignent: Qu’en l’élection à la foi, est requise auparavant cette condition: que l’homme use droitement de la lumière naturelle, qu’il soit homme de bien, humble et disposé à la vie éternelle, comme si en quelque sorte l’élection dépendait de ces choses.

Car cela sent l’opinion de Pélage, et taxe trop ouvertement de fausseté l’Apôtre, quand il dit: Nous tous aussi, nous étions de leur nombre et nous nous conduisions autrefois selon nos convoitises charnelles, nous exécutions les volontés de notre chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère comme les autres.

Mais Dieu est riche en miséricorde et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par nos fautes, il nous a rendus à la vie avec le Christ

– c’est par grâce que vous êtes sauvés – il nous a ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ-Jésus, afin de montrer dans les siècles à venir la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté envers nous en Christ-Jésus.

C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie (Rm 2:3-9).

V.

Ceux qui enseignent: Que l’élection incomplète et non péremptoire des personnes particulières au salut, s’est faite parce que Dieu aurait prévue la foi, la conversion, la sainteté et la piété commencées ou continuées pendant un certain temps. Mais que l’élection complète et péremptoire s’est faite pour avoir prévu la persévérance finale de la foi, de la conversion, de la sainteté et de la piété. Et qu’en cela se trouve la dignité gratuite et évangélique, pour laquelle celui qui est élu est plus digne que celui qui n’est pas élu; et, par conséquent, que la foi, l’obéissance de la foi, la sainteté, la piété et la persévérance ne sont pas les fruits ou les effets de l’élection immuable à la gloire, mais les conditions et les causes, sans lesquelles l’élection ne pourrait pas se faire; et que ces conditions ou causes sont préalablement requises et prévues, comme si elles étaient déjà accomplies en ceux qui devront être complètement élus.

Ceci contredit toute l’Ecriture qui, en divers endroits, inculque à nos oreilles et à nos coeurs des affirmations telles que celles-ci, et d’autres semblables: L’élection qui dépend non des oeuvres, mais de celui qui appelle (Rm 9:12); Tous ceux qui

étaient destinés à la vie éternelle crurent (Ac 13:48); En lui, Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui (Ep 1:4); Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi, je vous ai choisis (Jn 15:16); Si c’est par la grâce, ce n’est plus par des oeuvres (Rm 11:6); Et cet amour consiste non pas en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et qu’il a envoyé son Fils. (1 Jn 4:10)

VI.

Ceux qui enseignent: Que toute élection au salut n’est point immuable, mais que quelques élus, nonobstant tout autre décret de Dieu, peuvent périr, et prérissent éternellement.

Par cette grossière erreur, ils font Dieu muable, et renversent la consolation des fidèles touchant la fermeté deleur élection; ils contredisent les saintes Ecritures, qui enseignent: Que les élus ne peuvent être séduits (Mt 24:24); que Christ ne perd point ceux qui lui sont donnés du Père (Jn 6:39); que ceux que Dieu a prédestinés, appelés, justifiés, il les glorifie aussi (Rm 8:30).

VII.

Ceux qui enseignent: Que durant cette vie, il ne revient de l’immuable élection à la gloire aucun fruit, aucun sentiment, aucune certitude, sinon ceux qu’on peut avoir d’une condition muable et contingente. 

C’est en effet une chose absurde de concevoir une certitude qui soit incertaine. Cela s’oppose à l’expérience des saints qui, avec l’Apôtre, s’égayent au sentiment de leur élection et célèbrent ce bienfait de Dieu; qui, avec les disciples, se

réjouissent (suivant l’admonition de Jésus-Christ) de ce que leurs noms sont écrits dans les cieux (Lc 10:20); bref, qui oppposent le sentiment de l’élection aux dards enflammés des tentations du diable, en demandant: Qui accusera les élus de Dieu? (Rm 8:33)

VIII.

Ceux qui enseignent: Que Dieu, de sa seule et juste volonté, n’a point décidé de laisser aucun homme dans la chute d’Adam et dans l’état commun du péché et de la condamnation, ou de le négliger dans la communication de la grâce nécessaire à la foi et à la conversion.

Car cela demeure: Dieu fait miséricorde à celui qu’il veut, et il endurcit celui qu’il veut (Rm 9:18). De même: Il vous est donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux et qu’à eux cela n’a pas été donné (Mt 13:11). Et encore: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tel a été ton bienveillant dessein (Mt 11:25-26).

IX.

Ceux qui enseignent: Que la cause pour laquelle Dieu envoie l’Evangile plutôt à une nation qu’à une autre, n’est pas le seul et unique bon plaisir de Dieu, mais parce qu’une nation est meilleure et plus digne que celle à laquelle l’Evangile n’est point communiqué.

Car Moïse y contredit, en parlant ainsi au peuple d’Israël: Voici, qu’à l’Eternel, ton Dieu, appartiennent les cieux et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui s’y trouve. Et c’est à tes pères seulement que l’Eternel s’est attaché pour les aimer; et, après eux, c’est leur descendance, c’est vous qu’il a choisis d’entre tous les peuples, comme (vous le voyez) aujourd’hui (Dt 10:14-15). Et Jésus-Christ: Malheur à toi, Chorazin! Malheur à toi, Bethsaïda! Car, si les miracles faits au milieu de vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties avec le sac et la cendre (Mt 11:21).


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