1 Corinthiens 2.4 | Ministère Ligonier
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1 Corinthiens 13.13
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1 Corinthiens 2.4

Note de l’éditeur : Ceci est le sixième chapitre de la série Que ce verset signifie-t-il vraiment ?

Le style du ministère est important. 1 Corinthiens 2.4 nous apprend que Paul a choisi, pour l’ensemble de son ministère, un style qui était en harmonie avec son message. Le message de Paul était le Christ, dans sa croix et sa résurrection (1 Corinthiens 15.1-4), et sa manière de faire devait donc être en harmonie avec le message, à savoir façonnée par la croix, plutôt que d’être une posture, ou bien de faire de l’autopromotion. La manière dont un prédicateur présente son message, et comment il se porte, soit illustre le sens du message que Dieu lui a confié, soit le détourne.

C’est la logique du ministère qui se cache derrière le refus de Paul de s’appuyer sur des « discours persuasifs de la sagesse ». Les Corinthiens, comme le reste du monde gréco-romain, croyaient que la sagesse est la capacité d’obtenir un statut, et une réussite, en paraissant être grand, en se positionnant aux côtés des hommes célèbres de la société, en ayant l’air et en s’exprimant comme tel. Cette sagesse culturelle se manifestait dans les orateurs populaires de l’époque, ou sophistes. Ces derniers étaient des célébrités qui savaient comment se présenter et parler afin de gagner des adeptes, un statut, et une réussite, même si leur message était vide.

Ainsi, lorsque Paul dit qu’il a décidé de ne pas utiliser « des discours persuasifs de la sagesse », il n’était pas en train de dire qu’il n’avait pas une approche studieuse de la prédication et de l’enseignement, ou que la façon dont il utilisait les mots n’avait pas d’importance (2 Tim 2.15). Il a décidé de ne pas faire reposer la persuasion de son message sur sa perception en tant que grand homme. Ce n’est pas qu’il n’ait pas réfléchi et raisonné avec soin dans sa prédication et son enseignement (Actes 18.19). Il avait décidé de ne pas masquer sa faiblesse afin que la puissance du Saint-Esprit soit évidente dans son message (2 Cor 4.7 ; 12.9-10).

1 Corinthiens 2.1-4 nous rappelle que le message le plus puissant est celui qui est délivré d’une manière qui est centrée sur le Christ, dépendante de l’Esprit, et façonné par la croix.

Un bref regard sur le contexte de la lettre de Paul nous montre pourquoi cela était important. L’Église de Corinthe était divisée au sujet des dirigeants (1 Cor 1.12-13 ; 3.3-5). Il ne s’agissait certainement pas d’un désaccord théologique. Paul et Pierre, en tant qu’apôtres, enseignaient la même doctrine que celle du Christ (notre foi en dépend ; Éph 2.20). De plus, Paul ne considérait pas la division doctrinale comme sans importance (Rm 16.17-18). La division était certainement due à une allégeance faite à des personnalités – soit à Apollos, soit à Paul (1 Cor 4.6). Apollos était apparemment un orateur doué (Actes 18.24), et les Corinthiens avaient déterminé que Paul ne l’était pas (2 Cor 10.10). Ces chrétiens dominés culturellement craignaient que « la faiblesse et le tremblement » de Paul (y compris ses souffrances ; 1 Cor 4.9-13) ne plaisent pas à la sensibilité de leurs voisins. Paul a donc cherché à leur montrer que son style de ministère, qui consistait à accepter la faiblesse, à endurer la souffrance, et à s’effacer, était conçu pour mettre en valeur non pas sa personne, mais son message – le Christ, sa croix et la manière dont il sauve les pécheurs les plus faibles et les plus mauvais (1 Cor 1.17-31).

Comprendre ce contexte nous aide à voir pourquoi 1 Corinthiens 2.4 ne devrait pas être utilisé comme une excuse pour une approche anti-intellectuelle, délibérément non studieuse, du ministère de l’Évangile. Paul ne s’oppose pas ici à ce qu’il a pratiqué et prescrit ailleurs – raisonner et persuader à partir des Écritures (Actes 17.16-31) et maîtriser notre esprit pour la croissance spirituelle (Rom 12.2). Cependant, il nous enseigne que ceux qui exercent le ministère de la Parole doivent prendre une décision éclairée, dans leur contexte culturel, sur la manière de rester focalisés sur le message qui leur a été confié (le Christ à partir de toutes les Écritures), et sur le moyen par lequel ce message est rendu efficace (le Saint-Esprit agissant avec puissance à travers les Écritures).

Une pression constante est exercée sur les ministres et les Églises pour qu’ils dépendent des structures de persuasion de la culture afin d’obtenir un succès populaire. Paul a délibérément décidé de ne pas employer cette forme de sagesse pour rendre l’Évangile plus attrayant. Au lieu de cela, il a décidé de donner la priorité et de faire confiance à la proclamation du Christ sous la puissance de l’Esprit, par l’intermédiaire d’un serviteur dont la conduite disait à son tour : « Ce ministère n’est pas à propos de moi » (voir 1 Cor 1.31 ; 2.5).

La conduite d’un prédicateur est importante. Sa façon de marcher trahira le message qu’il prétend transmettre (1 Cor 1.17) ou donnera une impression d’authenticité à ceux qui l’écoutent (2 Cor 4.2, 7 ; 2 Tim 2.21). Il peut choisir d’utiliser sa tribune de dirigeant pour faire valoir ses connaissances, ses dons, et sa personnalité, ou il peut décider d’utiliser cette tribune dans le but voulu par Dieu – faire valoir le Christ. Les responsables et prédicateurs chrétiens doivent continuellement prendre des décisions éclairées sur la manière dont ils vont exercer leur ministère. Ils peuvent se conformer à la sagesse de la culture et poursuivre le culte du grand homme, ou ils peuvent embrasser l’image cruciforme du Sauveur qu’ils servent (Luc 22.24-27), et ainsi vivre et exercer leur ministère en dépendant des moyens qu’il a ordonnés. 1 Corinthiens 2.1-4 nous rappelle que le message le plus puissant est celui qui est délivré d’une manière qui est centrée sur le Christ, dépendante de l’Esprit, et façonné par la croix.

Cet article a été publié à l’origine dans le Tabletalk Magazine.

John Currie
John Currie
Dr John Currie est coordinateur et professeur de théologie pastorale au Westminster Theological Seminary à Philadelphia, et un ministre de l'Orthodox Presbyterian Church.