
La ville et la tour de Babel
18 août, 2026La multiplication des pains pour cinq mille hommes
Note de l’éditeur : Ceci est le huitième chapitre de la série Expliquer les récits bibliques bien connus.
Les quatre évangélistes rapportent la multiplication des pains pour cinq mille hommes. Cette attestation multiple souligne l’importance de l’événement. En tant que lecteurs du canon des quatre évangiles, nous avons le privilège de bénéficier d’un récit raconté quatre fois. Sur le plan historique, la couverture universelle de la multiplication des pains atteste de son historicité. L’événement s’est véritablement produit. Jésus a réellement nourri cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec seulement cinq pains et deux poissons. On ne peut s’empêcher de se demander : qui est Jésus ? Sur le plan littéraire, nous pouvons lire les évangiles à la fois verticalement et horizontalement. En lisant verticalement, nous nous demandons : comment la multiplication des pains s’inscrit-elle dans la trame narrative de chaque évangile ? En lisant horizontalement, la question se pose : comment les quatre évangiles se complètent-ils mutuellement en fournissant des détails qui leur sont propres ? Sur le plan christologique, nous réfléchissons à la portée de l’événement en nous demandant : qu’est-ce que la multiplication des pains nous révèle au sujet de Jésus et de son identité ? Comment devrions-nous y répondre ?
Matthieu
Matthieu donne le contexte de la multiplication des pains dans le ministère de Jésus. Après avoir enseigné une série de paraboles, Jésus se rend dans sa ville natale de Nazareth, où les habitants le rejettent (13.53-58). Lorsque Hérode Antipas, le gouverneur de la Galilée, entend parler de Jésus, il pense que Jésus est Jean-Baptiste ressuscité d’entre les morts, ce qui donne lieu à un retour en arrière sur la décapitation de Jean par Hérode (14.1-12). À cette nouvelle, Jésus se retire en barque vers un lieu tranquille. Lorsque la foule apprend que Jésus se trouve dans la région et le retrouve, il guérit de nombreuses personnes par compassion. Ces gens deviennent alors les bénéficiaires de la multiplication miraculeuse des pains.
Les disciples disent à Jésus qu’il est tard et que le lieu est désert. Jésus devrait renvoyer la foule afin que les gens puissent acheter de la nourriture dans les villages environnants. Mais Jésus leur répond que ce sont eux qui doivent leur donner à manger. Lorsqu’ils répondent qu’ils n’ont que cinq pains et deux poissons, Jésus ordonne à la foule de s’asseoir sur l’herbe. Il prend ces maigres provisions, lève les yeux vers le ciel et prononce la bénédiction. Puis il prend les pains et les donne aux disciples, qui les distribuent au peuple. Tous mangent et sont rassasiés. Qui plus est, les disciples ramassent douze paniers pleins de restes. Il y a environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Marc
Marc ajoute un contexte supplémentaire. Jésus envoie les douze chasser les démons et guérir les malades (6.7-13). Comme dans Matthieu, on nous apprend qu’Hérode entend parler de Jésus et pense qu’il est Jean-Baptiste ressuscité (v. 14-29). Lorsque les douze reviennent de leur mission, Jésus les emmène dans un lieu désert pour se reposer. Plus tard, il guérit de nombreuses personnes et les enseigne. En rapportant la multiplication miraculeuse des pains, Marc ajoute le coût estimé de deux cents deniers, soit le salaire d’une année entière, un détail que Jean inclut également par la suite. Marc attire aussi l’attention à plusieurs reprises sur la multiplication des deux poissons, peut-être parce que sa principale source oculaire, l’apôtre Pierre, était pêcheur.
Luc
Luc, de même, informe ses lecteurs de l’envoi des douze par Jésus juste avant la multiplication des pains, ainsi que de la supposition d’Hérode selon laquelle Jésus serait Jean ressuscité d’entre les morts. À leur retour, les douze rendent compte à Jésus. Jésus les prend à l’écart vers Bethsaïda (9.10). Il guérit les malades et enseigne le peuple au sujet du royaume de Dieu. Lors de la multiplication des pains, Jésus dit aux disciples de faire asseoir les gens par groupes de cinquante. Ces références propres à Luc s’accordent bien avec la précision et l’attention au détail factuel qui lui sont habituelles.
Jean
Jean, enfin, ajoute que l’on est à l’époque de la Pâque (6.4). Il présente la multiplication des pains comme l’un des signes messianiques de Jésus (v. 2, 14, 26, 30). Jean met l’accent sur l’initiative souveraine de Jésus tout au long du récit et ajoute des détails précis, qui reflètent vraisemblablement le souvenir d’un témoin oculaire. Il rapporte que Jésus demande à Philippe où acheter du pain pour nourrir tout le monde, et que Philippe estime le coût à deux cents deniers. Puis André mentionne un garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons (notons le lien avec Élie et Élisée ; voir 1 R 17.21-22 ; 2 R 4.42-44). Jean se souvient aussi de l’herbe abondante. La foule conclut que Jésus est le Prophète de la fin des temps annoncé par Moïse, et elle veut le faire roi.
Après que Jésus se retire avec ses disciples et marche miraculeusement sur l’eau, il prononce le discours sur le pain de vie. Les gens le mettent au défi de faire mieux que Moïse, qui avait donné aux Israélites la manne, le pain céleste, dans le désert après l’exode. Jésus les corrige en disant que c’est Dieu, et non Moïse, qui a donné la manne au peuple. Il ajoute qu’il est lui-même ce pain céleste (la première des sept déclarations « Je suis » dans l’évangile de Jean). Ainsi, Jean complète les trois évangiles précédents en mettant en lumière les implications christologiques de la multiplication des pains.
Comparaison et résumé
Il y a une parfaite harmonie entre les quatre évangiles dans la manière dont ils rapportent la multiplication des pains. Bien que chaque évangéliste ajoute des détails qui lui sont propres, tous racontent essentiellement la même histoire.
Matthieu est le seul à mentionner qu’en plus des cinq mille hommes, il y avait aussi des femmes et des enfants. Marc et Luc situent la multiplication des pains dans le contexte de la mission des douze. Luc est le seul à dire que Jésus emmène les douze à Bethsaïda et à préciser que Jésus fait asseoir les gens par groupes de cinquante. Jean ajoute que la multiplication des pains se fait au temps de la Pâque et la présente comme l’un des signes messianiques de Jésus.
Jean enrichit considérablement le témoignage des évangiles antérieurs en y intégrant le discours sur le pain de vie, qui identifie Jésus comme le pain céleste. Jésus ne se contente pas de donner du pain aux gens ; il est le Pain qui communique la vie éternelle à ceux qui croient en lui. De cette manière, Jean ouvre la voie à l’application. Il ne suffit pas de bénéficier du miracle de Jésus ; vous et moi devons croire en Jésus, le Messie, le Fils de Dieu, et recevoir la vie éternelle en croyant.
Jésus veut nous donner bien plus que de la nourriture pour un jour ; il veut nous donner la vie pour toujours. Ainsi, la multiplication des pains devient une invitation à se confier en Jésus et à reconnaître qu’il est le Fils de Dieu envoyé du ciel.
Application
En méditant sur une dernière application, nous nous tournons de nouveau vers le récit de Jean. Après la multiplication des pains, les détracteurs de Jésus le mettent au défi : « Quel miracle fais-tu donc, lui dirent-ils, afin que nous le voyions et que nous te croyions ? […] Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna à manger le pain venu du ciel. » (Jn 6.30-31). Ces gens citent un psaume qui parle des Israélites « redisant à la génération future les louanges de l’Éternel » (Ps 78.4). Pourtant, la génération du désert a douté de la provision de Dieu (v. 20). Néanmoins, Dieu « ouvrit les portes du ciel ; il fit pleuvoir sur eux la manne pour nourriture, il leur donna le blé du ciel » (v. 23-24).
Contrairement à la génération du désert, faisons confiance à la puissance salvatrice de Dieu et à sa fidélité à pourvoir. Jésus est cette provision. Il incarne de manière suprême la fidélité de Dieu à garder son alliance. Il est le Pain qui donne la vie. Nous pouvons nous nourrir de ce Pain chaque jour en vivant dans une communion étroite avec Jésus par l’Esprit. Alors que beaucoup de disciples de Jésus murmurèrent, comme leurs ancêtres l’avaient fait dans le désert, et cessèrent de le suivre, nous pouvons déclarer avec Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons connu que c’est toi le Christ, le Saint de Dieu » (Jn 6.68-69).
Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.
