
David et Goliath
13 août, 2026La ville et la tour de Babel
Note de l’éditeur : Ceci est le septième chapitre de la série Expliquer les récits bibliques bien connus.
Après le grand déluge de Noé, Dieu a rétabli « le monde d’alors » à partir des eaux du déluge (voir 2 Pi 3.5-6). Bien que le cœur de l’homme soit resté aussi mauvais qu’auparavant (Gn 6.5, 8.21), Dieu a décidé de ne plus détruire la terre par un déluge et a exprimé ce décret à toute la création sous la forme d’une alliance de grâce commune (8.21 – 9.17). Puis il a renouvelé le mandat de domination à la race humaine comme au commencement : « soyez féconds, multipliez-vous, peuplez la terre » (Gn 9.1-3, 7 ; voir Gn 1.28).
Dans le récit de la Genèse concernant ces deux mondes, avant et après le déluge, l’accent est mis sur les noms. Genèse 5 donne les noms des générations d’Adam à Noé, et de ses trois fils (avant le déluge). De même, l’ensemble de Genèse 10 donne les noms des trois fils de Noé (Sem, Cham et Japhet) et de leurs descendants (après le déluge). À la fin de Genèse 10, l’attention se porte sur Sem et sa lignée, qui est ensuite reprise en Genèse 11.10-30, menant à Térach et à ses fils, et en particulier à Abram, qui poursuit le récit à partir de ce point, dès Genèse 12.
Cependant, l’histoire de la lignée familiale de Noé après le déluge est interrompue par l’épisode de la tour de Babel (11.1-9). Ce récit bien connu, et saisissant, captive assurément l’imagination, mais en s’insérant dans la narration allant de Noé à Abram, il demande une explication. S’agit-il simplement du récit de la façon dont la seule langue humaine est devenue multiple ? Genèse 11.1-9 constitue en effet une pause dans l’action et explique la dispersion des langues, mais cela nous est déjà plus ou moins indiqué en Gn 10.5, 20 et 31. Par conséquent, le récit de Babel recèle davantage, et nous allons maintenant l’examiner en nous concentrant sur le mandat de domination et sur la manière dont il se déploie dans « une vallée au pays de Chinéar » (Gn 11.2).
En Genèse 11.1-9, certains thèmes récurrents attirent notre attention. Le premier est la dispersion (v. 4, 8-9). Le mandat de domination renouvelé déclare clairement que les êtres humains après le déluge devaient se multiplier abondamment sur toute la terre et la remplir (Gn 9.1, 7). La domination sur la création était implicite lorsque Dieu a remis les créatures vivantes et la végétation entre les mains de l’homme (v. 2-3), ce qui exige une culture et un élevage responsables ainsi que le développement de techniques et d’outils pour y parvenir. Certains endroits, comme les plaines de Chinéar dans la partie méridionale de la Mésopotamie (Gn 11.2 ; voir Gn 10.10, 14.1 ; Dn 1.1-2), abritaient par exemple des animaux prédateurs tels que des lions, des panthères et des hyènes, ce qui rendait nécessaire la construction de murs et de villes pour se protéger.
Par conséquent, bâtir une ville (Gn 11.4) semble parfaitement conforme au mandat de domination. La fabrication de briques cuites avec un mortier à base de goudron (« bitume ») a produit un matériau de construction exceptionnellement solide, équivalent à la pierre (v. 3), dont on peut encore voir des traces aujourd’hui dans des lieux comme la ziggourat d’Ur. Ce type de progrès technique semble correspondre exactement à ce que le Seigneur avait prévu pour les hommes dans le mandat de domination. Mais il y a un problème dans ce que disent les gens en Genèse 11.4 : « Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet (touche) au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas disséminés à la surface de toute la terre. »
Il y a deux éléments importants à relever ici. Les bâtisseurs de la ville de Chinéar utilisaient leur technologie de premier ordre – des briques cuites avec du mortier de bitume – non seulement pour se protéger et former une communauté, mais aussi pour résister à l’accomplissement du mandat de domination consistant à remplir la terre. Il ne s’agissait pas simplement d’une ville, mais d’une citadelle bâtie par l’homme en rébellion contre l’ordonnance bienfaisante de Dieu, celle de remplir fructueusement la terre. Au lieu de s’étendre, ils ont tenté de s’élever vers le haut avec « une tour dont le sommet touche au ciel ».
Nous reviendrons dans un instant à la tour de cette cité de l’homme, mais remarquons d’abord en Genèse 11.4 que le but de cette ville était de faire un nom à ses bâtisseurs. Nous avons déjà observé que les noms remplissent les premiers chapitres de la Genèse. Il y a un fait notable en lien avec la ville de Chinéar : le premier à bâtir une ville dans la Genèse fut Caïn, qui donna à la ville le nom de son fils Hénoc, de la lignée duquel est issu Lémec, homme vantard et meurtrier (4.17-24). Il nous est révélé également en Gn 10.10 que Nimrod, de la lignée de Cham (et apparenté au maudit Canaan), a commencé son royaume à « Babel […] au pays de Chinéar », là où se déroule le récit de Genèse 11.1-9.
La Genèse, comme d’autres passages des Écritures hébraïques, regorge de jeux de mots. Dans cette même veine, Noé a béni son fils aîné en disant : « Béni soit l’Éternel, Dieu de Sem » (Gn 9.26). Le mot hébreu pour « nom » est shem. Les habitants hamites de la ville de Chinéar voulaient se faire un shem, un nom, pour eux-mêmes, plutôt que de se tourner vers « le Dieu de Sem » et d’invoquer son nom (Gn 4.26, 12.8, 13.4). Ils se sont retranchés et unis pour l’honneur de leur propre nom dans la ville de leur propre fabrication, afin de résister au mandat de Dieu d’exercer la domination sur toute la terre pour sa gloire.
La ville dans la vallée de Chinéar était marquée par cette fameuse tour, qui n’était probablement pas conçue comme une tour de guet, mais comme une ziggourat avec des escaliers construits sur un ou plusieurs côtés. Nous savons par des témoignages païens ultérieurs que cette conception ne visait pas à permettre à l’homme de monter au ciel (comme on le pense souvent), mais à fournir une échelle pour que les dieux descendent du ciel. Cela rend le récit de Genèse 11.1-9 d’autant plus poignant. Les bâtisseurs de la ville ont travaillé pour éviter d’être « disséminés à la surface de toute la terre » (v. 4), puis ils ont érigé une haute tour pour que leurs dieux descendent. Lorsque le Dieu vivant a vu leurs artifices, il est effectivement descendu (v. 7), mais c’est lui-même qui a donné son nom à la ville de ces faiseurs de shem qui s’étaient unis : « Babel » (« confusion » ; v. 9). Ainsi leur union mal inspirée a été dissoute : « L’Éternel les dissémina loin de là sur toute la surface de la terre » (v. 8 ; repris au v. 9).
Notre récit ne s’achève cependant pas dans la confusion, car le Seigneur a un plan : « Alors je rendrai pures les lèvres des peuples, pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel en lui rendant un culte unanime » (So 3.9). Immédiatement après l’épisode de Babel, la lignée de Sem reprend à partir de Genèse 10.21-32, culminant avec Abram et Saraï (11.10-30). Le plan de Dieu en Abram consistait à étendre une bénédiction à toute la terre (Gn 12.3 ; Ga 3.8). Mais Abram devait être dispersé de sa patrie d’Ur et de Haran, et vivre sous des tentes comme un étranger errant afin de devenir « héritier du monde » (Rm 4.13). Lui et tous ses héritiers finiront par s’établir dans une cité, mais contrairement à Babel, « Dieu est l’architecte et le constructeur », qui y habitera avec son peuple (Hé 11.8-16, 40 ; Ap 21.3), « et son nom sera sur leurs fronts » (Ap 22.4). L’histoire d’Abram concernait elle aussi un nom à se faire, mais cette fois de la part du Seigneur : « je te bénirai ; je rendrai ton nom grand » (Gn 12.2). Cette bénédiction devait porter son fruit dans le nom de la plus grande postérité d’Abram (Mt 1.1 ; Ga 3.16), qui donne à son peuple un nom nouveau : « Elle est mon plaisir » (Es 62.1-4 ; Ap 3.12).
Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

