La conquête de Canaan

4 août, 2026

La conquête de Canaan

4 août, 2026

L’Exode

Note de l’éditeur : Ceci est le quatrième chapitre de la série Expliquer les récits bibliques bien connus.

Il est impossible de comprendre le livre de l’Exode sans tenir compte de sa place dans le Pentateuque. Le livre fait suite au récit des patriarches dans la Genèse, et les Israélites, au lieu d’être en nombre très restreint en Égypte (Gn 46.26-27), s’étaient multipliés à l’époque de la naissance de Moïse (Ex 1.7). La relation avec les Égyptiens avait également changé : la bienveillance entre les Égyptiens et les Israélites nouvellement arrivés avait fait place à l’hostilité.

Le récit de l’Exode met en lumière l’activité rédemptrice de Dieu. Les Israélites, soumis à une cruelle oppression de la part des Égyptiens, avaient besoin de l’intervention de Dieu. Lui seul pouvait, par sa puissance souveraine, faire sortir son peuple au moyen de son bras étendu. Moïse devait apprendre qu’aucune action humaine, comme le meurtre de l’Égyptien (Ex 2.12), ne pourrait jamais réussir à libérer un peuple asservi. Ce modèle de rédemption est devenu fondamental pour la théologie de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le retour de l’exil à Babylone est devenu un second exode, tandis que Jésus, sur la montagne de la Transfiguration, s’entretenait avec Moïse et Élie du « départ » (en grec exodos) qu’il allait accomplir par sa mort (Lc 9.31).

Le livre de l’Exode met en évidence la place centrale de l’alliance dans les desseins rédempteurs de Dieu. L’exode n’allait pas seulement apporter la liberté aux Israélites, mais encore Dieu allait les prendre pour son peuple, un « précieux joyau » (Ex 19.5, Martin). Le mot hébreu segullah désigne ici quelque chose de très précieux aux yeux de Dieu. Dieu allait accomplir cela par le moyen d’une relation d’alliance. Cela avait été promis à Abraham (Gn 15.13-14), puis ce message fut répété lorsque Moïse devint le chef de son peuple (Ex 6.6-8). Bien que le langage de la rédemption soit employé, rien ne laisse entendre que Dieu ait effectué un paiement réel aux Égyptiens. La libération de l’esclavage en Égypte faisait partie de la rédemption, mais le texte biblique établit clairement qu’elle est inséparablement liée au nouveau lien solide qui unissait Dieu et son peuple. Il adopta Israël comme son propre peuple, et celui-ci le reconnut comme son Dieu.

Pour convaincre Pharaon de libérer les enfants d’Israël, des « signes et des prodiges » (les plaies) furent donnés par Dieu. C’étaient des signes en ce qu’ils indiquaient que la main puissante de Dieu était à l’œuvre dans la délivrance de son peuple. Ils montraient également qu’il y avait une différence marquée entre les Israélites et leurs oppresseurs, les Égyptiens (Ex 8.23). Les plaies étaient des « prodiges » en ce qu’elles étaient des événements provoqués uniquement par la puissance de Dieu, accomplissant ce que l’effort humain ne pouvait entreprendre. Lorsque le Seigneur Jésus est venu accomplir tout ce qui était préfiguré dans les événements entourant l’exode d’Égypte, des signes et des prodiges semblables étaient présents. Au jour de la Pentecôte, l’apôtre Pierre rappela à ses auditeurs que Jésus de Nazareth était un « homme approuvé de Dieu devant vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous » (Ac 2.22). Les événements miraculeux survenus durant la vie et le ministère de Jésus avaient pour but d’attirer l’attention sur les actes rédempteurs puissants qui allaient s’accomplir au Calvaire.

Le récit de l’exode proprement dit se présente sous deux formes. En Exode 14.26-31, on trouve un récit en prose direct. Puis, au chapitre 15, se trouve un magnifique cantique de délivrance. Le peuple répond à la grâce et à la puissance de Dieu en chantant sa délivrance, bien que le cantique soit formulé de manière personnelle : « Je chanterai à l’Éternel, car il a montré sa souveraineté ; il a jeté dans la mer le cheval et son cavalier. L’Éternel est ma force et l’objet de mes cantiques, il est devenu mon salut. » (Ex 15.1-2). La puissance salvatrice de Dieu suscite la louange du cœur. On retrouve cela plus tard dans l’Ancien Testament en réponse au retour de l’exil (voir Ps 126), tandis que dans le Nouveau Testament, la louange pour la délivrance rédemptrice des croyants sauvés par le Seigneur Jésus est fréquente (voir par exemple Ep 1.3-6).

La réalité d’être le peuple de Dieu fut rendue manifeste dans les messages que Dieu adressa à Pharaon. Il voulait leur libération afin qu’ils puissent l’adorer (ou le servir) dans le désert (Ex 7.16, 8.1). Lorsque Dieu conclut une alliance formelle avec Israël au Sinaï (ch. 19), il leur donna « dix paroles » qui définissent de manière prescriptive la direction que devait prendre leur service. Ces paroles commencent par une déclaration de la seigneurie du Rédempteur sur un peuple racheté, avant de préciser les traits essentiels d’une vie vécue dans la soumission à ce Rédempteur. Les signes qui les accompagnaient (le tonnerre et les éclairs, le son de la trompette, la montagne fumante ; Ex 20.18) confirmaient que Dieu était véritablement présent, de sorte que le peuple fut empêché de s’approcher trop près (Ex 19.21-25). De telles manifestations de Dieu (souvent appelées théophanies) se produisirent plus tard lorsqu’Élie se rendit au mont Sinaï (1 R 19.11-12). Les ténèbres et le tremblement de terre lors de la mort de Jésus au Calvaire en sont d’autres exemples (Mt 27.45-54).

Les « dix paroles » (Ex 20.1-17) constituent la loi prescriptive de Dieu pour son peuple. La place qu’elles occupent dans l’ordre des événements est importante. Elles ne précèdent pas le départ effectif d’Égypte. Rien ne laisse entendre que l’obéissance à ces paroles aurait pu apporter la rédemption à Israël. C’est plutôt la rédemption de Dieu qui devait venir en premier, puis les stipulations pour la vie dans l’alliance suivaient. Bien que Moïse ait pensé que Dieu pourrait se servir de lui comme rédempteur de son peuple (Ac 7.25), Dieu fit clairement savoir qu’il les aimait et les sauvait par sa puissance. La rédemption était par grâce, non par les œuvres.

Une transition intervient dans le livre de l’Exode avec le début du chapitre 21. Les « dix paroles », le Décalogue, ont la forme « Fais / Ne fais pas » Elles établissent la loi constitutionnelle du peuple de Dieu. L’obéissance à ces paroles devait être l’expression de l’amour du peuple pour son Rédempteur, et de sa fidélité à la royauté de celui-ci sur eux. À partir du chapitre 21, un autre terme est employé pour décrire les exigences de Dieu : « lois » (en hébreu mispatim). Cette section utilise également un mot particulier pour introduire de nombreux passages : « Si. » Autrement dit, un passage donné décrit diverses situations et montre la manière dont la loi peut être appliquée dans des circonstances différentes. Alors que les « dix paroles » établissent les prescriptions fondamentales, ce qui suit constitue des lois casuistiques dans lesquelles ces prescriptions sont appliquées à diverses situations susceptibles de se présenter. Elles forment le cadre permettant de comprendre comment les principes pouvaient être appliqués dans une variété de contextes.

Le Nouveau Testament reprend le concept de l’exode. Juifs et gentils sont également condamnés par leur incapacité à satisfaire aux exigences de la loi de Dieu (Rm 3.19-23). Ils ont besoin d’être libérés, non pas d’un esclavage littéral, mais d’un asservissement spirituel au péché et à Satan. La loi, en tant que pédagogue, nous conduit à Christ (Ga 3.24).

Enfin, le Nouveau Testament reprend le langage de l’Ancien Testament datant de l’époque de l’exode lorsqu’il parle de la nature du peuple de Dieu. En 1 Pierre 2.9, l’apôtre écrit : « vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté ». Ce qui était enseigné à travers l’expérience de l’exode a trouvé son accomplissement ultime dans le salut acquis par le Seigneur Jésus-Christ.

Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

Allan Harman

Allan Harman

Dr Allan M. Harman est professeur de recherches en Ancien Testament au Presbyterian Theological College de Melbourne, en Australie, dans lequel il a servi comme principal. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont "Preparing for Ministry".