
Ce que nous contemplons
30 juillet, 2026La conquête de Canaan
Note de l’éditeur : Ceci est le troisième chapitre de la série Expliquer les récits bibliques bien connus.
« En trente-cinq ans d’études religieuses, je n’ai trouvé que deux faits solides et incontestables : Dieu existe, et je ne suis pas Dieu. » C’est ce que le père John Cavanaugh, ancien président de l’Université de Notre Dame, a dit à Daniel « Rudy » Ruettiger dans le film Rudy de 1993. Je conteste quelque peu cette citation, puisque notre étude de la vérité religieuse devrait nous conduire à bien d’autres faits incontestables au sujet du Dieu de la Bible et du Seigneur Jésus-Christ. Cela dit, j’aime bien la conclusion du prêtre : « Dieu existe, et je ne suis pas Dieu. » Il est difficile de trouver une manière plus concise d’énoncer l’une des vérités fondamentales de la Bible : la distinction entre le Créateur et la créature.
Nous sommes suffisamment semblables à Dieu pour le connaître véritablement, et pourtant nous sommes si différents de lui qu’il possède des capacités et des prérogatives que nous ne pourrons jamais posséder. Il est la vie même, ne la recevant de personne d’autre (Ex 3.14). Nous tirons notre vie de lui. Il est le Législateur qui peut nous juger. Nous ne pouvons pas le juger. Il est le Roi souverain et bon de la création, qui a le droit de faire tout ce qu’il juge bon avec ce qu’il a fait (Rm 9.1-24).
Il est essentiel de garder ces principes à l’esprit, en particulier lorsque nous lisons des récits historiques bibliques tels que la conquête de Canaan par les Israélites. Beaucoup de gens en dehors de l’Église se servent de ce récit pour accuser le Dieu de la Bible d’être un maniaque génocidaire. En même temps, beaucoup de gens au sein de l’Église ont du mal à concilier cette conquête avec l’amour de Dieu.
La portée limitée de la conquête
Deutéronome 20.16-18 donne aux Israélites des instructions sur ce qu’ils doivent faire aux habitants de la terre promise : « Mais dans les villes de ces peuples dont l’Éternel, ton Dieu, te donne l’héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire » (v. 16). Israël devait tuer tous les habitants de Canaan : hommes, femmes, enfants et animaux. Ce sont des textes comme ceux-ci qui ont conduit certaines personnes à affirmer que le Dieu de la Bible ordonne le génocide.
Il convient toutefois de noter que l’ordre de Dieu de détruire les Cananéens n’était motivé ni par des raisons raciales ni par des raisons culturelles. Le Seigneur n’a jamais dit à Israël d’exterminer les habitants de la terre promise parce qu’ils étaient d’une lignée différente de celle du peuple d’Israël. De plus, Dieu n’a pas ordonné à Israël de poursuivre les peuples cananéens qui avaient fui au-delà des frontières de la terre promise. Son but n’était pas d’anéantir un peuple pour des raisons ethniques, mais de le chasser du pays. Il était possible pour les peuples cananéens de fuir le territoire afin de se mettre en sécurité. De toute évidence, Dieu n’a pas été poussé par la haine ethnique ou raciale à ordonner la conquête de Canaan, car nous voyons que Rahab s’est convertie au Dieu d’Israël et a été épargnée tout en demeurant ethniquement cananéenne (Jos 2, 6.25).
Un véritable génocide cherche à exterminer un peuple entier quoi qu’il arrive, même s’il fuit vers un autre pays, et n’épargne personne de ce peuple. La portée de la destruction des Cananéens était limitée à un territoire particulier, et l’on pouvait échapper à l’épée d’Israël en fuyant ou en se détournant du péché pour mettre sa confiance dans le seul vrai Dieu. Dieu n’a pas ordonné un génocide.
La justice de la conquête
Il est probable que la plupart des gens qui remettent en question la bonté morale de la conquête le font parce qu’ils ne savent pas vraiment à quoi ressemblait Canaan lorsqu’Israël l’a envahi. Il semble que beaucoup de gens pensent que les Cananéens étaient semblables aux Occidentaux modernes, que leur technologie était peut-être moins avancée, mais que, comme nous, ils étaient généralement des citoyens respectueux des lois et des voisins agréables. Ainsi, l’ordre de les exterminer serait un affront à la justice.
Cependant, les habitants de Canaan n’étaient pas des pécheurs ordinaires. Lévitique 18 contient une liste de pratiques interdites aux Israélites, notamment l’inceste, l’adultère, l’homosexualité, la bestialité et le sacrifice humain (v. 1-23). Il est ensuite dit que c’est à cause d’une telle méchanceté que Dieu chassait les Cananéens et que si les Israélites tombaient dans de tels péchés, ils perdraient le pays à l’avenir (v. 24-30). Les Cananéens n’étaient pas des pécheurs de second ordre. Ils brûlaient leurs enfants en offrande au dieu Moloch, et se livraient à la prostitution cultuelle ainsi qu’à toutes les autres formes d’immoralité sexuelle, de manière effrénée et impénitente. Ils méritaient amplement la sentence de destruction prononcée par notre Créateur parfaitement saint.
La patience de Dieu et la conquête
La conquête de Canaan révèle la justice de Dieu, mais elle manifeste aussi la patience du Seigneur. Bien des années avant que Dieu n’envoie Israël en Canaan, il avait parlé à Abram de la conquête à venir des Amoréens, un autre nom pour les Cananéens, et lui avait dit que le temps n’était pas encore venu de les détruire du vivant du patriarche, car « la déchéance morale des Amoréens aura atteint son comble » plusieurs générations après lui (Gn 15.12-16). Le Seigneur n’a pas pris sa décision de détruire les Cananéens à la légère ni à la hâte ; il a fait preuve d’une patience extrême envers eux, leur accordant des centaines d’années pour changer de conduite. Dieu n’agit pas de manière irréfléchie ; il est patient et retient sa colère jusqu’au moment parfait. Les Cananéens ont connu leur fin parce qu’ils ont présumé de la patience du Seigneur, sans voir que son délai bienveillant visait à les amener à la repentance (Rm 2.4).
Le salut et la conquête
La destruction d’un grand nombre de Cananéens, mais pas de tous, n’était pas une fin en soi, mais un moyen en vue du salut du monde. De toute éternité, Dieu a résolu d’envoyer un Sauveur qui viendrait dans la plénitude des temps et mourrait pour sauver son peuple (Rm 5.6 ; Ga 4.4-5 ; Ep 1.10). Il y avait un moment précis pour cela, mais dans les jours qui ont immédiatement suivi l’exode et l’errance dans le désert, avant qu’Israël n’entre en Canaan, ce moment n’était pas encore venu. Mais parce que le Messie devait venir de la nation d’Israël, plus précisément de la tribu de Juda (Gn 49.10), cette nation devait être préservée comme un peuple saint jusqu’au temps fixé par Dieu pour la venue du Sauveur.
Chasser les Cananéens et leur méchanceté était un moyen de préserver une lignée sainte en Israël jusqu’à la naissance du Messie. Dieu a ordonné à son peuple de chasser les Cananéens de la terre promise afin qu’ils ne soient pas corrompus par le péché des Cananéens et ne soient pas eux-mêmes détruits (Dt 20.16-18). Si cela s’était produit, il n’y aurait eu ni Messie, ni salut pour le monde.
Israël en tant que nation n’a jamais complètement chassé les Cananéens, mais s’est laissé entraîner à les suivre dans leur péché à maintes reprises sous l’ancienne alliance. Néanmoins, Dieu, dans sa grâce, a préservé une lignée fidèle en Israël. De cette lignée, il a envoyé Jésus, le véritable Israël de Dieu, qui, par sa personne et son œuvre, chasse et détruit le péché et la mort afin de nous sauver de la colère qui s’est abattue sur les Cananéens il y a si longtemps.
Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.
