Ne dresser aucun obstacle

23 octobre, 2026

Ne dresser aucun obstacle

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Les désaccords dans l’Église

Note de l’éditeur : Ceci est le quatrième chapitre de la série L’éthique sexuelle chrétienne.

Il semble qu’aujourd’hui, le discours et le débat publics reposent en grande partie sur des désaccords bruyants et tranchés, qui ne laissent aucune place au compromis. Nous évaluons nos politiciens selon la fréquence à laquelle ils croisent le fer avec « le camp d’en face ». Nos échanges en ligne sont de plus en plus virulents, et nous voyons souvent cette dynamique se refléter dans les débats théologiques et bibliques entre chrétiens. La Bible, cependant, n’envisage pas que les désaccords entre croyants dans l’Église reflètent l’animosité et l’amertume que l’on trouve dans les débats politiques du monde. Le Seigneur Jésus-Christ a déclaré que le monde ne nous reconnaîtrait pas comme ses disciples à notre cohérence intellectuelle ou à notre force de persuasion, mais à l’amour que nous aurions les uns pour les autres (Jn 13.35). Ce qui compte, ce n’est pas seulement l’objet de nos désaccords ; c’est aussi la manière dont nous les exprimons. Jacques le souligne dans son discours sur la langue : « Par elle, nous bénissons le Seigneur notre Père, et par elle, nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi » (Jc 3.9-10). Il n’en reste pas moins que les croyants ont été en désaccord sur de nombreuses questions bibliques et ont eu du mal à parvenir à la juste interprétation de certains sujets théologiques. Comment les croyants peuvent-ils concilier le besoin de clarté biblique et l’appel à la charité et à l’amour ? Voici quelques pistes de réflexion. 

Distinguer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas

Pour bien gérer un désaccord, le plus important est de distinguer les questions essentielles de celles qui ne le sont pas (questions secondaires, voire tertiaires). Les désaccords sur la question de savoir si Dieu est trine, si Jésus-Christ est véritablement Dieu et si Jésus est physiquement ressuscité des morts sont d’un tout autre ordre que les discussions sur la forme que doit prendre le gouvernement de l’Église ou sur les personnes à qui le baptême doit légitimement être administré. Les questions qui touchent à la doctrine de Dieu ainsi qu’à la personne et à l’œuvre du Christ se trouvent au cœur de la foi chrétienne : nier la Trinité ou la divinité de Christ montre que l’on n’est pas chrétien.  On ne peut pas se tromper sur ces questions et être encore considéré comme un croyant, et l’Église ne peut tolérer de telles positions sans compromettre son témoignage.  Sur les questions essentielles, il est impossible d’être poliment en désaccord. En revanche, lorsqu’il s’agit de questions secondaires ou tertiaires débattues (sur lesquelles l’Église est divisée depuis des siècles), il est possible d’en discuter et d’être en désaccord dans un esprit de charité chrétienne. C’est particulièrement vrai pour les désaccords qui, dans l’Église, s’appuient sur la Bible, mais ne font pas partie de la confession doctrinale de l’Église, comme la philosophie de l’éducation ou les actions d’évangélisation. Sur ces sujets, les croyants peuvent se tourner vers la Bible et s’efforcer d’aboutir aux conclusions les plus cohérentes et les plus bibliques possibles, mais ils doivent le faire dans un esprit d’amour et de compréhension. Ce ne sont pas de telles questions qui font tenir ou tomber l’Église.

Être en désaccord ne signifie pas renoncer à la vérité

S’il faut reconnaître une différence d’urgence et d’importance entre les questions essentielles et les autres, cela ne doit pas conduire les croyants à renoncer à la vérité. Autrement dit, même sur des questions tertiaires, nous devons toujours chercher à avoir des opinions et des conclusions aussi bibliques que possible. Ce n’est pas parce qu’une question ne se trouve pas au cœur de la foi chrétienne qu’elle est sans conséquence et qu’elle échappe à toute discussion. En réalité, alors que nous cherchons à parvenir à la connaissance de la vérité (1 Tm 2.4), les désaccords sont souvent un outil précieux. Lorsque nous échangeons avec d’autres croyants dans le respect et que nous écoutons attentivement leurs arguments et leurs positions, nous avons l’occasion de mettre nos propres opinions à l’épreuve et d’affiner notre compréhension.  Sur les questions secondaires et tertiaires, nous pouvons être en désaccord sans être désagréables, en recherchant la vérité et la gloire de Dieu. Les effets du péché s’étendent à notre intelligence et à notre compréhension, et nous devons être ouverts à la correction. Bien sûr, il en va de même pour ceux avec qui nous sommes en désaccord.  Trop souvent, les croyants font comme s’il n’existait que deux options : traiter chaque désaccord comme essentiel à la foi, ou abandonner l’idée que les désaccords puissent nous aider à mieux comprendre la vérité. Lorsque nous comprenons qu’il est bon de nous confronter à des points de vue différents sur des questions secondaires et tertiaires, pour autant que nous le fassions avec respect et amour, nous n’avons plus besoin de sacrifier la doctrine ou la vérité au nom de l’unité. C’est ce que Paul souligne lorsqu’il exhorte les Éphésiens à parvenir à la maturité dans leur compréhension de la foi. Nous ne devons pas être « flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices ». Au contraire, « en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ » (Ep 4.14-15, c’est nous qui soulignons).

Les désaccords nous offrent une occasion de témoigner

Enfin, les croyants devraient tolérer les désaccords au sein de l’Église, car ils nous donnent l’occasion de montrer au monde à quoi ressemblent la véritable unité et le véritable amour. Dans le monde, beaucoup pensent qu’on ne peut se rassembler que si tous partagent les mêmes opinions, ont exactement les mêmes priorités et marchent au pas sur tous les sujets. Aucun écart ni aucun désaccord n’est toléré, et le prix de la dissidence est l’exclusion du groupe. L’Église, au contraire, est fondée sur son unité en Christ. Certes, il existe des questions essentielles qui définissent ce que signifie être chrétien, et l’Église n’a aucune obligation de débattre de ces principes fondamentaux. Mais lorsque des croyants abordent la Bible avec intégrité et aboutissent à des points de vue différents sur des questions où elle est moins claire que sur les croyances fondamentales, nous avons l’occasion de montrer au monde que nous pouvons nous aimer les uns les autres tout en étant en désaccord, et que nous nous soumettons à l’autorité de la Bible, où qu’elle nous conduise.


À l’origine, cet article a été publié dans Tabletalk.

Fred Greco

Fred Greco

Le révérend Fred Greco est pasteur principal à Christ Church (PCA) à Kathy, Texas.