
Honorer Dieu par notre corps
15 octobre, 2026L’ombre du Christ dans le livre de Job
Note de l’éditeur : Ceci est le deuxième chapitre de la série L’éthique sexuelle chrétienne.
Le livre de Job est unique, mais il retrace un parcours bien connu qui traverse toute l’histoire de la rédemption. C’est l’histoire qu’on retrouve dans la vie de personnages comme Joseph et David. C’est l’histoire d’un homme qui jouit de la faveur de Dieu, puis est plongé dans les profondeurs de la souffrance avant d’être relevé et réhabilité. C’est l’histoire de ce qu’a vécu le Christ, préfigurée par la typologie et accomplie lorsque le Fils de Dieu a connu les profondeurs de l’humiliation, avant de recevoir le nom qui est au-dessus de tout nom (Ph 2.5-9). Pierre nous dit que le message des prophètes de l’Ancien Testament, inspiré par l’Esprit du Christ lui-même, est tout entier centré sur « les souffrances de Christ et la gloire qui s’ensuivrait » (1 P 1.10-11). Ce schéma où la souffrance conduit à la gloire, et qui préfigure l’œuvre du Christ, constitue l’essence même de l’histoire de Job.
Job nous est présenté sans généalogie, une particularité qu’il partage avec Melchisédek et dans laquelle l’auteur de l’épître aux Hébreux a vu un premier élément typologique (Hé 7.1-3). Job est présenté comme un homme « intègre et droit » et comme « le plus considérable de tous les fils de l’Orient » (Jb 1.1,3). Dieu fait de lui un éloge plus grand encore, en disant : « Il n’y a personne comme lui sur la terre » (1.8 ; 2.3). Job n’était évidemment pas sans péché, mais nous devons le considérer, au cœur de ses souffrances, tel que Dieu le décrit : intègre et droit. Que de si grandes épreuves frappent un homme « intègre » sera inconcevable pour les amis de Job, mais c’est un indice de son rôle typologique. Cela renvoie au plan du salut, qui exigeait qu’un homme parfaitement intègre soit éprouvé par la souffrance.
Le livre nous transporte rapidement dans la salle du trône céleste, où Dieu demande à Satan de rendre compte de ses activités. Satan se vante d’avoir parcouru la terre comme bon lui semblait (1.7). Comment Dieu répondra-t-il à l’action de Satan dans le monde et à sa prétention orgueilleuse d’agir en toute autonomie ? Comment Dieu répondra-t-il à l’adversaire qui rôde sur la terre et y exerce son influence maléfique ? C’est la question centrale du livre, à laquelle Dieu répond : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? » La réponse de Dieu à l’adversaire qui rôde sur la terre prendra la forme d’un homme intègre qui traverse de grandes souffrances avant d’être enfin exalté. Cela préfigure l’Évangile, où un homme juste est meurtri tandis que l’adversaire est écrasé (Gn 3.15).
Par sa réponse, Dieu invite Satan à mettre la foi de Job à l’épreuve au moyen de l’adversité. Ce qui se déroule alors n’est pas l’histoire ordinaire d’un croyant comme les autres qui fait confiance au Seigneur dans les temps difficiles. C’est l’histoire de l’homme le plus grand et le plus droit de la terre, qui perd tout, sauf la vie, en une seule journée. Il n’y a rien d’ordinaire dans cette histoire. Job a connu les deux extrêmes de l’expérience humaine : lui qui était l’homme le plus grand et le plus pieux de la terre est devenu méconnaissable aux yeux de ses amis (Jb 2.12). Un tel abaissement en préfigure un plus grand encore, qui dépasse les limites de l’expérience humaine : de « l’égalité avec Dieu » à « la mort sur la croix » (Ph 2.6-8).
S’ensuit un dialogue entre Job et ses « amis » qui s’étend sur pas moins de trente-cinq chapitres. Le débat porte essentiellement sur la question de savoir si Job avait péché et ainsi attiré sur lui cette calamité. Éliphaz, Bildad et Tsophar affirment que Job doit dissimuler un grave péché, car seuls les pécheurs subissent de telles calamités, tandis que les justes prospèrent (ils étaient les prédicateurs de la « santé et de la prospérité » de leur époque). À la fin du livre, Dieu réprimande ces trois amis pour leur conception simpliste de la providence, mais ils jouent malgré eux un rôle dans la typologie de Job. Ils accusent faussement cet homme « intègre et droit » de péchés qu’il n’a pas commis, tout comme le Sauveur véritablement parfait sera injustement accusé et « compté parmi les malfaiteurs » (Es 53.12 ; Lc 22.37).
Tout au long de ce débat de plus en plus houleux avec ses compagnons, Job continue d’affirmer son innocence face à leurs accusations (voir Jb 27.5-6). Ses déclarations d’innocence ne sont pas seulement une défense vigoureuse contre leurs accusations ni une évaluation visant à déterminer si son péché méritait de telles souffrances. Job était véritablement innocent, non pas au sens absolu d’un homme sans péché, mais en tant que figure typologique jouant son rôle dans une prophétie mise en scène. Dieu a affirmé que la souffrance de Job n’était pas due au péché lorsqu’il a dit à Satan : « tu m’incites à le perdre sans cause » (2.3). Job soutient lui aussi que sa souffrance est sans cause : « Lui qui m’assaille (comme) par une tempête, qui multiplie sans raison mes blessures » (9.17). « Sans raison » est une expression clé que le Christ a lui-même employée pour décrire ses souffrances et les persécutions qu’il subissait (voir Jn 15.25).
Job décrit aussi une foule d’ennemis humains déchaînés contre lui, des hommes mauvais qui l’outragent, se moquent de lui, le frappent et lui crachent au visage. « Dieu me livre à la merci des gamins, il me précipite entre les mains des méchants », malgré son innocence (Jb 16.11). « Il m’avait placé pour dominer les peuples, mais je suis devenu celui à qui l’on crache au visage » (17.6). Pourquoi Dieu a-t-il déchaîné tant d’adversaires contre cet homme innocent qui souffre ? Cela fait partie du tableau typologique qui trouvera son accomplissement dans ce que vivra le Christ. Job reprend de nombreuses images de persécution présentes dans les psaumes messianiques, comme : « Ils ouvrent toute grande leur bouche contre moi » (Jb 16.10 ; voir Ps 22.14) ou encore : « Maintenant, je suis l’objet de leurs chansons, je suis en butte à leurs propos » (Jb 30.9 ; voir Ps 69.12-13). Ces nombreux parallèles éclairent en partie le but des longues méditations poétiques de Job sur ses souffrances. Il décrit sa propre souffrance à travers l’image prophétique du Sauveur souffrant à venir, qui se précise au fil de l’histoire.
Le rôle typologique de Job est également souligné par les images royales et sacerdotales qui jalonnent le livre. Il se compare à un roi humilié, qui a perdu sa couronne : « Il m’a dépouillé de ma gloire, il a ôté la couronne de ma tête » (Jb 19.9). Le Psaume 89.45 reprend la même image pour exprimer la consternation du psalmiste devant l’abandon par Dieu de son Messie : « Tu as mis un terme à son éclat, tu as jeté son trône à terre. » Job se dépeint lui-même, à l’image du Messie, comme un roi qui subit une grande humiliation de la main de Dieu.
Le livre s’ouvre (Jb 1.5) et se clôt (42.7-9) également sur les sacrifices et l’intercession de Job pour sa famille et ses amis. Ce dernier passage indique à deux reprises que Dieu avait de la considération pour Job (littéralement, qu’il avait « levé sa face »). Dieu l’avait délivré de ses épreuves, l’avait accepté et était prêt à accueillir son intercession en faveur de ses trois amis égarés : « Mon serviteur Job priera pour vous, et comme j’ai de la considération pour lui, je ne vous traiterai pas selon votre folie » (42.8). L’histoire de Job est celle d’une intercession rendue parfaite par la souffrance, qui annonce le ministère parfait de notre grand souverain sacrificateur, le Seigneur Jésus-Christ (Hé 5.7-10).
Dans son dernier discours, Job fait une déclaration fracassante qui réduit ses amis au silence et confirme son rôle typologique. Au chapitre 31, il emploie une formule habituelle de serment d’innocence. Elle consiste en une série d’énoncés construits sur le modèle « si… alors » ; par exemple : « Si j’ai marché dans la fausseté » (v. 5), « que je sème et qu’un autre mange » (v. 8). Son dernier serment met brusquement fin au dialogue : « Si, comme (tout) être humain, j’ai caché mes crimes, pour enfouir mes fautes dans mon sein » (v. 33), « qu’il en sorte des ajoncs au lieu de froment, et de l’ivraie au lieu d’orge ! » (v. 40). Job fait clairement allusion au premier péché d’Adam et à la malédiction qui en a découlé. Fait étonnant, il affirme sous serment ne pas avoir péché comme le premier pécheur : là où Adam a échoué, lui a réussi. Alors qu’il souffrait dans l’innocence, Job est devenu le porte-parole typologique du dernier Adam, le seul qui pouvait tenir de tels propos (Rm 5.12-21 ; 1 Co 15.45). Après ces paroles saisissantes, le chapitre 31 s’achève ainsi : « Fin des paroles de Job » (v. 40).
Élihou, le quatrième « ami », entre alors en scène et nous gratifie de cinq chapitres supplémentaires d’un monologue qui reste sans réponse. « Sa colère s’enflamma » (32.2), probablement en réaction aux paroles stupéfiantes de Job à la fin du chapitre 31. Les avis divergent fortement sur son rôle dans ce drame, mais, comme les trois autres, il persiste à accuser Job d’avoir péché (34.36-37). Élihou prétend avec audace posséder une connaissance parfaite (36.4), mais aussi être un médiateur envoyé par Dieu (33.6). Pourtant, Job ne s’y trompe pas. Tout au long du livre, Job a parlé de son véritable médiateur céleste (16.19-21 ; 19.23-27), et ce n’est pas Élihou. Ce quatrième « ami » pourrait bien être l’ultime ruse de Satan, dont il n’a plus été question depuis le chapitre 2 et qui n’hésite pas à se servir d’un ami bien intentionné comme moyen de tentation (Mt 16.23).
Enfin, Dieu répond « du milieu de la tempête » en Job 38. « Où étais-tu quand je fondais la terre ? » : ainsi s’ouvre une avalanche de questions rhétoriques qui mettent en lumière la sagesse insondable de Dieu à l’œuvre dans la création et la providence. Job et ses amis se débattaient dans l’obscurité, cherchant à expliquer ce qu’ils ne comprenaient pas, mais la réponse de Dieu leur offre une perspective plus élevée. Le sens de la souffrance de Job s’inscrit dans la sagesse impénétrable de Dieu, qui accomplit ses desseins bons et sages à travers chaque épreuve humaine, et tout particulièrement dans le cas de cet homme du pays d’Outs.
Si la vie de Job était idyllique au début, elle fut tout simplement glorieuse à la fin. Une fois son épreuve terminée, Job reçut le double de ses bénédictions d’autrefois (Jb 42.10,12), achevant ainsi le schéma typologique de la souffrance qui conduit à une gloire plus grande. Mais cet homme qui nous a été présenté sans généalogie n’était, après tout, qu’un homme qui « mourut âgé et rassasié de jours » (v. 17). Celui qui s’est abaissé bien davantage et a enduré de bien plus grandes souffrances est toujours vivant pour intercéder en notre faveur (Hé 7.25).
À l’origine, cet article a été publié dans Tabletalk.

