L’amour inséparable de Dieu
6 janvier, 2026
L’alliance des œuvres
13 janvier, 2026
L’amour inséparable de Dieu
6 janvier, 2026
L’alliance des œuvres
13 janvier, 2026

Pourquoi le Dieu-homme ?

Au XIe siècle, l’un des penseurs les plus brillants de l’Église, Anselme, archevêque de Cantorbéry, a écrit trois œuvres importantes qui ont influencé l’Église depuis lors. Dans le domaine de la philosophie chrétienne, il nous a donné son Monologium et son Proslogium ; dans le domaine de la théologie systématique, il a rédigé le grand classique chrétien Cur Deus Homo, dont la traduction signifie « Pourquoi le Dieu-homme ? »

Dans cette œuvre, Anselme a exposé les fondements philosophiques et théologiques d’un des aspects importants de la compréhension de l’Église sur l’expiation du Christ, à savoir l’opinion de la satisfaction de l’expiation. Anselme y a soutenu qu’il était nécessaire que l’expiation ait lieu afin de satisfaire la justice de Dieu. Ce point de vue est devenu le centre de l’orthodoxie chrétienne classique au Moyen Âge, pour ce qui concerne la compréhension de l’Église sur l’œuvre du Christ dans son expiation. Cependant l’opinion de la satisfaction de l’expiation n’a pas été sans avoir ses critiques depuis lors.

Au Moyen Âge, des questions ont été soulevées concernant la pertinence de penser que l’expiation de Jésus était rendue nécessaire par une loi abstraite de l’univers exigeant que la justice de Dieu soit satisfaite. Cela a donné lieu au débat dit Ex Lex. Dans le débat Ex Lex, la question était de savoir si la volonté de Dieu fonctionnait indépendamment de toute loi ou en dehors de toute loi (ex lex), ou si la volonté de Dieu était elle-même soumise à une norme de justice ou à une loi cosmique que Dieu devait suivre et, par conséquent, si sa volonté était exercée sous la loi (sub lego). La question était : Dieu est-il en dehors de la loi ou est-il sous la loi ?

La réponse de l’Église à ce dilemme a été de dire en substance, « ni l’un ni l’autre », puis de déclarer que Dieu n’est ni en dehors de la loi ni sous la loi dans son sens respectif. Au contraire, l’Église a répondu en affirmant que Dieu est à la fois en dehors de la loi et sous la loi, dans la mesure où il est libre de toute contrainte qui lui serait imposée par une loi existant en dehors de lui-même. En ce sens, il est en dehors de la loi et non sous la loi. Pourtant, en même temps, Dieu n’est ni arbitraire ni capricieux et il agit selon la loi de sa propre nature. L’Église a déclaré que Dieu est une loi à lui-même. Cela ne reflète pas un esprit d’anarchie en Dieu, mais cela reflète que la norme pour le comportement de Dieu et la volonté de Dieu est basée sur ce que les théologiens orthodoxes du XVIIe siècle appelaient « la loi naturelle de Dieu ».

La loi naturelle de Dieu, en tant qu’expression théologique, peut être facilement mal comprise ou confondue avec le concept plus large que nous rencontrons dans la théorie politique et dans la théologie de la soi-disant « loi de la nature » (lex naturalis). Dans ce sens de l’expression, la loi de la nature se réfère à ces choses que Dieu révèle dans le monde de la nature concernant certains principes d’éthique. En distinction de cet usage commun du terme loi naturelle, ce que les théologiens de Westminster du XVIIe siècle avaient en vue lorsqu’ils parlaient de la loi naturelle de Dieu était ceci : que Dieu opère selon la loi de sa propre nature. C’est-à-dire que Dieu n’agit jamais de manière à contredire sa propre sainteté, sa propre justice, sa propre droiture, sa propre omnipotence, et ainsi de suite. Dieu ne compromet jamais la perfection de son propre être (ou caractère) dans ce qu’il fait.

Lorsque l’Église confesse la nécessité de la satisfaction de la justice de Dieu, cette nécessité n’est pas quelque chose qui est imposé à Dieu de l’extérieur, mais c’est une nécessité imposée à Dieu par son propre caractère et sa propre nature. Il est nécessaire pour Dieu d’être Dieu, de ne jamais compromettre sa propre sainteté, justice ou droiture. C’est dans ce sens qu’une expiation qui satisfait sa justice est jugée nécessaire.

À des époques plus récentes, des penseurs modernes ont objecté à l’opinion de la satisfaction de l’expiation en raison du fait qu’elle jette une ombre sur la grâce gratuite et l’amour de Dieu. Si Dieu est un Dieu d’amour, pourquoi ne peut-il pas simplement pardonner les gens gratuitement par la pure motivation de son propre amour et de sa propre grâce, sans se soucier de satisfaire une sorte de justice, qu’il s’agisse d’une loi de sa propre nature ou d’une loi imposée de l’extérieur ? Encore une fois, cette opinion de l’expiation ne comprend pas que Dieu ne négociera jamais sa propre justice, même par son désir de sauver les pécheurs.

Dans l’expiation, nous voyons que Dieu manifeste à la fois son amour de grâce envers nous et en même temps, qu’il manifeste un engagement envers sa propre justice et droiture. La justice est rendue par l’œuvre du Christ qui satisfait les exigences de la justice de Dieu, maintenant ainsi l’engagement de Dieu envers la justice et la droiture. Dieu a satisfait les exigences de sa justice en nous donnant un Substitut qui se tient à notre place, offrant cette satisfaction pour nous. Cela montre merveilleusement la grâce de Dieu au milieu de cette satisfaction. La grâce de Dieu est illustrée par la satisfaction de sa justice en ce qu’elle est accomplie pour nous par celui qu’il a désigné. C’est dans la nature de Dieu en tant que Juge de tout le monde de faire ce qui est juste. Et le Juge qui fait ce qui est juste ne viole jamais, jamais les canons de sa propre justice.

La Bible explique la croix comme propitiation et expiation, les deux accomplissements jumeaux du Christ en notre faveur. La propitiation se réfère spécifiquement à l’œuvre du Christ de satisfaction de la justice de Dieu. Il paie la punition pour nous, celle qui est due à nos péchés. Nous sommes des débiteurs qui ne peuvent absolument pas payer la dette morale que nous avons contractée par notre offense contre la justice de Dieu, et la colère de Dieu est satisfaite et apaisée par le sacrifice parfait que le Christ fait à notre place. Mais ce n’est qu’un aspect de l’œuvre. Le second est l’expiation. Dans l’expiation, nos péchés sont enlevés de nous, remis en ayant nos péchés transférés ou imputés au Christ, qui souffre par procuration à notre place. Dieu est satisfait, et notre péché est enlevé pour nous dans l’expiation parfaite de Jésus. Cela accomplit le double sens en lequel le péché était expié lors du jour des expiations de l’ancienne alliance, à la fois par le sacrifice d’un animal et par le transfert symbolique des péchés du peuple sur le dos du bouc émissaire, qui était ensuite envoyé dans le désert, retirant ainsi les péchés du peuple.

Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

R.C. Sproul
R.C. Sproul
Dr R.C. Sproul était le fondateur de Ministère Ligonier. Également premier pasteur, en charge de la prédication et de l'enseignement, de la chapelle Saint-André à Sanford, en Floride, et premier président du Reformation Bible College, ainsi que rédacteur en chef du magazine Tabletalk. Son programme radio, Renewing Your Mind, est toujours diffusé quotidiennement sur des centaines de stations de radio à travers le monde, et peut aussi être écouté en ligne. Il était l'auteur de plus de cent livres, dont La Sainteté de Dieu, Choisi par Dieu, et Nous sommes tous des théologiens. Il était reconnu dans le monde entier pour sa défense éloquente de l'inerrance des Écritures, et de la nécessité pour le peuple de Dieu de se tenir avec conviction sur sa Parole.