Que fait un pasteur ?

5 juin, 2026

Que fait un pasteur ?

5 juin, 2026

Qu’étaient les Quatre-vingt-quinze thèses ?

Le 31 octobre 1517, Martin Luther, alors dans la trentaine, se rendit à l’église du château de Wittenberg et afficha ses quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l’église. Initialement conçues comme des propositions pour un débat public, les thèses ont été rédigées en latin — la langue des érudits, et non celle de la rue. Luther n’aurait jamais pu imaginer qu’elles résonneraient à travers l’Europe et deviendraient le catalyseur d’une révolution spirituelle.

Beaucoup de ceux qui ont vu les documents sur la porte de l’église du château — qui semble avoir servi de tableau d’affichage public —n’auraient pas été capables de lire le latin. Mais bientôt, les thèses furent traduites en allemand et se répandirent ensuite dans toute l’Europe comme une traînée de poudre — en effet, comme un « acte de Dieu ».

Qu’étaient les Quatre-vingt-quinze thèses ? Elles étaient des déclarations visant directement des corruptions particulières dans l’Église au temps de Luther, dont beaucoup étaient liées aux questions du pardon, du purgatoire et du pouvoir du pape. La première d’entre elles était particulièrement surprenante :

En disant : Faites pénitence, notre Maître et Seigneur Jésus-Christ a voulu que la vie entière des fidèles fût une pénitence. (Dominus et magister noster Iesus Christus dicendo “Poenitentiam agite etc.” omnem vitam fidelium poenitentiam esse voluit.)

Luther avait compris que la traduction de la Vulgate de « Repentez-vous » (poenitentiam agite) pouvait être mal interprétée comme « Faites pénitence ». Et il avait également saisi un principe que Jean Calvin expliquerait plus tard avec une grande clarté : la pénitence ou la repentance n’est pas l’action d’un moment ; c’est le retournement d’une vie — le rejet du péché effectué par l’œuvre de grâce du Saint-Esprit. Ce ne peut donc pas être un acte unique accompli en un instant ; c’est un style de vie qui dure jusqu’à la gloire.

Luther a mené une vie complète et pleine d’aventures que seule une biographie détaillée peut bien décrire. C’était un homme remarquable avec une énergie immense venant de Dieu. Son discours était direct et simple, et fréquemment terre-à-terre. Il était un enseignant de théologie, un prédicateur de l’Évangile, et un auteur de certains des livres les plus importants de la période de la Réformation. Parmi ses premières publications notables figurait son ouvrage De la captivité babylonienne de l’Église, qui exposait les échecs de l’Église, tandis que dans De la liberté du chrétien, il expliquait comment en Jésus-Christ les croyants sont libérés à la fois pour aimer Dieu et pour servir leur prochain. Ainsi, il écrivit dans une phrase magnifiquement conçue qui saisit le paradoxe de la vie centrée sur l’Évangile : « Un homme chrétien est le seigneur le plus libre de tous, et soumis à personne ; un homme chrétien est le serviteur le plus dévoué de tous, et soumis à tout le monde. »

Par sa prédication, par ses écrits, et surtout par son influence dans l’explication du salut par grâce au moyen de la foi en Christ, Luther a été utilisé par Dieu pour transformer l’Église chrétienne. Les principaux réformateurs en Angleterre et en Écosse ont été influencés par ses écrits, souvent introduits clandestinement par des marins marchands. En Écosse en particulier, les martyrs de Saint-André, Patrick Hamilton et George Wishart (dont John Knox avait été le garde du corps), étaient des disciples de l’enseignement de Luther. De même en Angleterre, le courageux William Tyndale a laissé un héritage non seulement dans sa traduction anglaise de la Bible mais dans un ensemble de littérature qui faisait écho au travail du réformateur allemand.

Mais qu’enseignait Luther ? Ses enseignements principaux sont bien résumés dans les célèbres solas de la Réformation : (1) sola Scriptura : nous venons à connaître Dieu par l’Écriture seule, et non par les traditions de l’Église en tant que telles ; (2) sola gratia : nous recevons le pardon par la grâce de Dieu seule, non parce que nous sommes capables de mériter ; (3) sola fide : nous recevons la justification par la foi seule, et non par la foi plus autre chose ; (4) solus Christus : toutes les richesses de Dieu nous sont données en Christ seul ; (5) soli Deo gloria : le but de toute la vie est la gloire de Dieu seul.

Ces principes soulignaient simplement les emphases que Luther trouvait dans les Écritures. Mais dans le contexte, ce qui est le plus significatif à leur sujet n’est pas seulement ce qu’ils soulignaient, mais ce qu’ils omettaient. Ni Luther ni les autres réformateurs magistériels ne méprisaient l’Église. Mais ils voyaient l’Église seulement comme un témoin et une illustration puissante du salut par grâce, et non pas comme le dispensateur de ce salut. En un sens, alors, l’Église n’avait pas seulement échoué à enseigner correctement l’Évangile ; elle avait usurpé le rôle du Saint-Esprit dans le salut. C’est le rétablissement du ministère de l’Esprit dans l’application de la rédemption qui a apporté un tel sentiment d’immédiateté de la grâce de Dieu, et la joie, et le soulagement du pardon et de la nouvelle vie en Christ. C’est vers le Christ seul, et non vers la médiation de l’Église, que nous devons nous tourner pour la grâce et le salut.

Nous n’avons pas discuté ici des autres grands réformateurs, Ulrich Zwingli et Heinrich Bullinger, Jean Calvin et John Knox, et bien d’autres. Mais même ce bref aperçu de Luther et de son influence montre que le seizième siècle fut une période monumentale dans l’histoire de l’Église chrétienne. Elle n’était pas sans défauts, ni sans échecs. Mais les chrétiens de cette époque débordaient de la puissance et de l’énergie de cette grande découverte, à savoir que le fardeau de leurs péchés avait été pris par Jésus-Christ et qu’ils pouvaient enfin être libérés. C’étaient des jours, comme l’expliquait Knox, où “Dieu donnait son Saint-Esprit à des hommes simples en grande abondance.”

C’est ce dont nous avons encore besoin !

Cet article a été publié à l’origine sur le site Ligonier.

Sinclair B. Ferguson

Sinclair B. Ferguson

Dr Sinclair B. Ferguson est assistant d'enseignement aux « Ligonier Ministries » et professeur de théologie systématique au « Reformed Theological Seminary ». Il est l'auteur de nombreux livres, dont « Maturity ».